Les petits écrivains

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 Reflet

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Didulou-chan
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MessageSujet: Reflet   Dim 13 Mai - 4:13

REFLET

Une histoire un peu bizarre que je ne comptais pas finir comme ça au départ, inventée en Histoire (désolée à mon super prof), Alej pour Alexandra bien sûr. Je crois que l’eau doit changer quelque part un peu les Hommes puisqu’elle les compose principalement.
Envie de faire un peu de science fiction.



1. dans le lavabo

Lorsque le cri digital du réveil se fit entendre, les ténèbres étaient encore épaisses au dehors. Le jeune homme se leva d’un bond du lit au cadre métallique et jeta sa paume sur le cadran du réveil qui cessa de crier, indiquant en gros chiffres lumineux 4.00 . La nuit avait été courte. Comme toutes les autres. Il s’habilla rapidement, enfilant les vêtements qu’il avait ôté quelques heures auparavant. Il passa la main sur ses cheveux noirs broussailleux pour tenter d’y remettre de l’ordre. Il s’approcha du vieux lavabo qui se tenait branlant contre un mur au fond de la pièce. L’émail était ébréché, le robinet était manquant. Au fond de la cuvette scintillait un curieux liquide argenté. A sa surface, sans cesse se dessinaient les mêmes images : celles d’un adolescent aux cheveux noirs en épis, de son long visage souriant, de ses grands yeux pâles, presque incolores. Le jeune homme contempla un moment son reflet, il regarda un instant ce qu’il était avant. Il avait toujours ce long visage et ces grands yeux pâles, mais il ne souriait plus. On retrouvait chez lui cette curieuse allure d’ado trop vite grandi, précipité dans la vie par l’incident. Il pensa un instant à ce qu’était sa vie avant, à ce que lui rappelait le reflet sur le liquide puis il se détourna. Il saisit son sac en toile imperméable et sortit en évitant les chaudes vapeurs de la nuit de mai qui se retirait doucement.

Lorsqu’il arriva dans l’endroit appelé l’Eponge, il était presque cinq heures du matin. Le soleil se levait. Il s’arrêta avant de franchir les lourdes portes d’acier de l’Eponge, scruta l’horizon rougeoyant où s’amoncelaient des nuages cendreux. Une ride soucieuse barra son front, il hocha la tête avec résignation. Dans le hall d’entrée, il fut interpellé par une petite femme. Caparaçonnée dans une armure en plastique brillant, elle se jeta sur lui. Des mèches blondes s’échappaient de sous son casque noir. Des cernes sombres pochaient ses yeux d’un bleu limpide.
« Oh Dieu soit loué pour les faveurs qu’il nous accorde ! s’exclama-t-elle. Cosmiska tu es toujours en vie ! Tu nous as foutu une de ces trouilles ! Ou étais-tu passé ?
- Je suis rentré, répondit-il doucement. Chez moi. »
La petite femme hocha la tête.
« Tu sais ce que j’en pense Cosmiska, traîner dans ce vieil immeuble c’est mauvais pour toi … Tu t’y morfond encore plus à chaque fois que tu y retournes !
- Ne t’en fais pas Alej, je suis toujours en vie comme tu l’as dis …
- Tu es parti sans que nous sachions ce qu’il était advenu ! s’écria-t-elle. Moi je me suis inquiétée mais les autres étaient furax ! Attends-toi à ce que ça te retombe sur le dos !
- Ce ne sera pas la première fois … bougonna-t-il.
- Cosmiska …
- Alej ! Ne m’appelle pas comme ça ! »
La petite femme éclata d’un petit rire nerveux, dit quelque chose dans une langue slave et disparut dans un couloir. Le jeune homme poussa un profond soupir et descendit dans les sous-sols de l’Eponge. Il était à peine arrivé dans la salle destinée à son équipe que le buveur-en-chef apparut dans l’encadrement métallique de la porte. Le jeune homme posa son sac sur une table en acier. Le buveur-en-chef claqua la porte, fermant hermétiquement la salle qui était insonorisée.
« Explications, aboya-t-il.
- Vous avez reçu mon rapport, dit simplement le jeune homme.
- J’ai effectivement reçu un rapport, Cosme. Cette nuit à trois heures quinze, soit presque quarante minutes après celui m’annonçant votre décès !
- Il y a eu confusion.
- Confusion ? s’étrangla le buveur-en-chef. Après le coup de jus, vous n’avez délibérément pas rejoint les membres de votre équipe qui s’étaient regroupés au point habituel. Vous avez jugé bon de laisser seuls des buveurs, certains encore non expérimentés, dont vous aviez la responsabilité et le commandement durant toute l’opération.
- L’opération était achevée, répondit calmement Cosme alors que le ton du buveur-en-chef montait de plus en plus.
- Cosme, pensez-vous vraiment qu’un coup de jus de cette ampleur doit être négligé ?
- Non.
- La moitié du quartier a été soufflé cette nuit-là, haleta-t-il.
- Il était désert.
- Votre équipe vous croyait mort.
- Je ne le suis pas.
- Je sais ce qui me retiens de vous suspendre définitivement Cosme. Mais je doute que ce soit encore une raison pour tolérer vos insubordinations … »
Les deux hommes se toisèrent un moment sans rien dire, puis le buveur-en-chef quitta la salle en claquant à nouveau la porte. Cosme resta silencieux. C’était vrai, il était partit alors que le coup de jus aurait pu faire des dégâts importants. C’était vrai, il n’avait pas pris la peine de donner signe de vie. Mais il se sera pas suspendu, pas maintenant, ce n’était plus possible … Insubordinations … Le jeune homme haussa les épaules : s’il n’y avait pas ces insubordinations, ce serait lui le buveur-en-chef ! Peu importait …
L’équipe fut bientôt au grand complet dans la salle d’acier. Alej avait enlevé son casque, ses cheveux retombaient mollement sur ses petites épaules. Cosme lui fit un signe de la tête et elle sourit. Il s’en sortait toujours de toute façon. Ils s’assirent autour de la table métallique. Au centre, un petit boîtier enregistreur était soudé. Cosme le frappa du creux de la paume, un voyant rouge s’alluma :
« Nous sommes le 21 du mois de mai, année 5, annonça-t-il d’une voix neutre. Il est 5 heures et 30 minutes, nous ne sommes pas en avance … L’équipe 1408 est au complet. Les buveurs présents sont … »
Il lista les personnes présentes autour de la table, chacune d’entre elles répétait son nom et dans l’enregistreur au centre de la table, la reconnaissance vocale se faisait. Sous le regard réprobateur de certains buveurs, Cosme relata ensuite avec minutie les événements de la veille.


Dernière édition par le Dim 3 Juin - 11:19, édité 3 fois
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Didulou-chan
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MessageSujet: REFLET   Dim 13 Mai - 4:17

2. dans la piscine


C’était le 20 du mois de mai, année 5 à partir de l’incident. On avait recommencé à compter les années après l’incident. C’était une manière symbolique de dire que, avant ces cinq années, c’était avant et que maintenant c’était maintenant. Quelque part sur la Terre, prospère et évoluée, l’incident a débuté. Nul ne sait vraiment comment, ni vraiment où. L’incident a voilé la face de la Terre, l’a assombrit, pervertie, empoisonnée. L’incident a libéré une molécule complexe, créée par l’Homme. Cette molécule avait pour nom Chaîne de Vie car elle était censée révéler au monde un élément nouveau, générateur d’une vie nouvelle. Mais l’incident a libéré la Chaîne de Vie dans la nature où jamais elle n’avait été testée, les réactions furent immédiates. En moins d’une semaine, l’essence de la vie à la surface de la Terre fut pervertie. L’eau. L’eau devint un poison. Les océans, les mers, les cours d’eau douce souillèrent les terres. Les pluies devinrent destructrices. On réalisa alors à quel point l’eau était présente. Les fruits s’empoisonnèrent. Les viandes se gorgèrent du liquide nouveau. Les Hommes eux-mêmes réalisèrent qu’ils s’emplissaient de l’eau nouvelle, pervertie par la molécule.
Beaucoup moururent lors de l’année 1. Un remède fut trouvé, l’eau fut expulsée du corps des Hommes. On ne mangeait plus de fruits, plus de viandes. On ne buvait plus pour éviter d’hydrater à nouveau ses tissus. On fuyait la pluie, on désertait les littoraux et les embruns dangereux. On changea de mode de vie. On put alors survivre.
Au cours de l’année 2, on découvrit seulement les reflets. On ne comprit pas tout de suite ce qu’ils étaient. On tenta de deviner. Certains pensaient que c’était des sortes d’images oniriques, des pensées perdues d’êtres tués par l’eau nouvelle et qui s’étaient retrouvés piégés dans ces flaques brillantes. D’autres voyaient dans les reflets des souvenirs de l’avant, de ce qu’était la vie autrefois lorsque l’eau n’était pas pervertie. Les reflets étaient sur l’eau, l’eau était pervertie. Elle tuait encore des Hommes en les hydratant. L’année 3, on créa donc les premiers buveurs.
Les buveurs étaient chargés de débarrasser la surface de la Terre de tous les reflets. Ils agissaient comme des contenants, car l’eau ne pouvaient être retirée d’un endroit qu’en étant placée dans un corps sec. Les buveurs ramenaient l’eau et on la leur retirait, dans cet endroit nommé l’Eponge. On la stockait ensuite dans les entrailles de la Terre, la confinant dans des anciens fruits que l’on gorgeait de liquide. Parfois il arrivait ce que les buveurs appelaient un coup de jus. L’eau liquide passait brutalement à un état gazeux et soufflait tout ce qu’il se trouvait sur son passage. Face à la fréquence de tels phénomènes, les villes se couvrirent d’une bulle protectrice, isolant des vapeurs d’eau. Sur les vingt-deux mille villes humaines restantes trois mille seulement furent isolées de l’eau nouvelle au cours des années 4 et 5 .
Le 20 du mois de mai, année 5, vers onze heures trente. L’équipe 1408, supervisée par le buveur Cosme se rendit dans un quartier désert où une flaque assez importante leur avait été signalée. Il s’agissait d’une mission de routine. Une fois sur place, la flaque était même plus petite que prévue. Les buveurs l’absorbèrent. Le coup de jus survint vers une heure du matin alors qu’ils revenaient sur leurs pas. Une nappe de brouillard s’était levée. L’équipe fut éparpillée. Fort heureusement pour eux, et surtout pour le buveur Cosme sur qui pesait la responsabilité de la mission, ils eurent tous le réflexe de se protéger en abaissant la visière de leurs casques et en fermant les coques imperméables de leurs armures. Les buveurs attendirent que la nappe se dissolve d’elle-même, puis se rendirent au point de rendez-vous. En raison de son absence à ce point, le buveur Cosme fut déclaré mort en mission par un des membres de l’équipe qui envoya le rapport par courrier électronique vers deux heures trente du matin, le 21 du mois de mai.
Si l’on prenait la peine de consulter les archives qui répertorient les morts en mission, l’on s’apercevrait que le buveur Cosme a déjà été trois fois déclaré mort en mission par un des membres de son équipe. C’est, apparemment, la seule raison pour laquelle il n’est pas encore promu buveur-en-chef.

Cosme enfilait sa carapace de plastique, enfonçait son casque sur sa tête. Toute l’équipe 1408 se préparait. Alej ajustait nerveusement les articulations en cordura de sa carapace. La petite femme était blême. Le teint pâle de Cosme ne trahissait pas son inquiétude comme celui d’Alej, mais comme elle et tous les autres qui s’équipaient autour d’eux, il avait une boule dans l’estomac. Dix minutes après le briefing, l’Eponge avait reçu un appel d’une femme affolée. Ses deux enfants, sept et neuf ans, avaient disparut dans la nuit. Ils auraient prit leurs sacs à dos et ils auraient passé la nuit dans une ancienne bâtisse d’une ville détruite. Après consultation de la banque de donnée, il semblerait que la bâtisse soit une piscine municipale, et qu’elle n’ait pas été absorbée.
Rien que d’y penser, l’équipe avait des frissons. Malgré lui, Cosme s’inquiétait aussi. Ils ne trouveraient là-bas que deux petits cadavres hydratés … C’était sans espoir comme souvent …
Cosme s’avança prudemment dans le bâtiment branlant. Son casque enfoncé sur sa tête cachait son front et la ligne soucieuse qui le barrait mais ses yeux étaient grands ouverts, aux aguets. Il balayait le couloir sombre avec le faisceau de sa lampe torche. Sa montre bracelet bipa une fois, dans l’écouteur de son casque il entendit les membres de son équipe répéter le RAS obligatoire. Cela faisait déjà dix minutes qu’ils étaient entrés. Le carrelage blanchâtre suintait d’humidité chlorée. De ça et là, on trouvait des insectes morts, gorgés d’eau. Cosme retint son souffle, il venait d’entendre un pleur. Il ne se précipita pas, il fit selon la procédure. Calmement il continua à avancer dans le couloir sombre, il déboucha alors devant le bassin et son cœur se mit à battre un peu plus vite qu’il ne l’aurait voulut. C’était un bassin olympique, datant de l’avant. Il n’avait pas été vidé. Cosme abattit la visière de son casque, il fit taire les capteurs d’humidité qui hurlaient à son poignet. Il avait entendu ce pleur, il en était persuadé. Il s’avança près du bassin, emplit de l’eau nouvelle. Il était temps de tester un peu la résistance de cette carapace …
La piscine était emplie de l’eau nouvelle et à sa surface lisse, argentée se dessinaient des reflets. Des reflets dans lesquels des enfants en maillots de bain criards couraient, des lunettes à coques fumées plaquées sur le visage, comme de curieux habitants d’une planète de carrelage blanc. Le pleur se fit à nouveau entendre, il résonnait étrangement autour du bassin, tintant dans l’humidité lourde comme une crécelle. Cosme longea le bord du bassin, toujours aussi calme. La ride soucieuse barrait toujours son front, ses yeux étaient attentifs au moindre mouvement sur les reflets de l’eau. Il avait vu beaucoup de choses depuis qu’il était buveur. Nombre de ces choses avaient été terrifiantes, effrayantes, mortelles parfois. Pourtant, ce qu’il vit là, il ne l’avait jamais vu auparavant ; et l’étrangeté de cette vision le nimba d’horreur et de consternation.

C’était un être, un être vivant il en fut sûr dès le premier instant où il y posa les yeux. Son corps gracile était recroquevillé, nu sur le sol carrelé. Cosme ne distinguait que le dos, le bas de la nuque et la plante des pieds. Son premier réflexe fut d’avertir l’être, pour vite qu’il se relève, qu’il ne reste pas là peau nue sur cette surface non sèche. Puis il vit que l’être n’avait pas ce teint blafard semblable au sien, que sa peau n’était pas laiteuse comme celle des hommes déshydratés : elle était rosée, délicatement colorée. Pleine de vie. Pleine d’eau. Cosme sentit son cœur s’emballer à nouveau lorsqu’il vit la flaque dans laquelle baignait le corps. En fait, à cet endroit précis de la piscine, l’hygrométrie était à son maximum. La carapace étanche se transformait en étuve, de nombreuses gouttelettes d’eau y perlaient. Cosme pensa bêtement que s’il avait pu transpirer, sa combinaison serait remplie d’eau aussi à l’intérieur. Sa montre bipa. Dans son casque, il entendit les RAS. Il hésita un instant puis :
« Cosme à 1408, suis au bord du bassin principal. Corps hydraté. Je répète : corps hydraté. »
Un silence ponctua sa phrase qui résonnait dans la salle vide. Cosme sentit sa gorge se nouer, il fit claquer sa langue dans sa bouche où ce qu’ils appelaient avant la salive commençait à revenir.
« Ditak à Cosme, y’a-t-il trace de vie ?
- Vérification. »
Le jeune homme s’approcha d’avantage du corps allongé là. C’était une femme, lorsqu’il tendit sa main gantée vers son cou pour prendre le pouls, elle sursauta. Elle ouvrit deux énormes yeux dorés, brillants avec intensité.
« Nyo ! cria-t-elle d’une voix rouillée en apercevant le jeune homme. »
Elle se tint un instant sur son séant puis retomba avec éclaboussures dans la flaque argentée, inanimée.
« 1408, Cosme à 1408, s’écria-t-il dans son casque. Trace de vie. Très grande hydratation du corps, demande intervention immédiate.
- Kennet à Cosme, besoin d’aide pour transfert du corps ?
- Négatif. Hygrométrie trop intense près du bassin. Je peux m’en charger moi-même. Continuez les recherches en contournant le bassin principal. RAS autour du bassin principal. Responsabilité déléguée à Alej. Je répète : Alej dirige la suite des opérations.
- Alej à Cosme, bien reçu.
- Cosme à 1408, transfert du corps. Terminé.
- 1408 à Cosme, terminé. »
Le jeune homme s’approcha à nouveau de la jeune femme hydratée, essaya de la faire réagir à nouveau puis la hissa sur son dos. Le liquide argenté coula de long de sa carapace de plastique. Il tourna une molette de transmission à l’arrière de son casque :
« Cosme à Eponge, Cosme à Eponge.
- Eponge, Cosme nous vous écoutons.
- Demande d’intervention immédiate. Corps en très grande hydratation trouvé à proximité d’un bassin.
- Bien reçu Cosme. Equipe d’intervention et Equipe de transfert prêtes à intervenir. Terminé. »
Il se précipita hors du bâtiment de l’ancienne piscine municipale. Il se força à garder son calme. Il savait que toutes ses forces l’abandonneraient s’il cédait à la panique. La jeune femme inanimée sur ses épaules était hydratée et représentait donc une menace pour lui. Il avait crut sentir quelque chose rentrer dans sa carapace. Peut être était-il resté trop longtemps près du bassin, avec cette humidité si tenace, la carapace avait peut être cédée … Ou alors il commençait à se réhydrater lui-même et le processus de ce qu’ils appelaient avant la transpiration fonctionnait … Ce qui voulait dire que …
« Equipe de transfert à Cosme, Equipe de transfert à Cosme.
- Cosme, paré Equipe de transfert, haleta-t-il dans son casque. »
Le jeune homme commençait à vaciller lorsqu’on lui retira ce poids hydraté des épaules. Il dégoulinait de l’eau nouvelle. Entre ses jambes une petite flaque argentée s’était formée, il vit le reflet un instant avant de perdre connaissance. La jeune femme, aux grands yeux sublimes, dorés, flottait dans une étendue immense d’eau nouvelle. Elle hurlait.
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Didulou-chan
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MessageSujet: REFLET   Dim 13 Mai - 4:19

3. dans ces tubes cathodiques


Lorsque Cosme rouvrit les yeux, il se trouvait au milieu de la panique. L’hôpital souterrain de l’Eponge était une véritable fourmilière. Le personnel courait, arpentait les longs couloirs clairs les bras surchargés de matériel en tout genre. Le jeune homme se redressa, quitta son lit qui avait était poussé dans un recoin. Il passa son pull en polyester noir plié à ses pieds, arrachant la sonde sèche plantée dans son bras. Sa tête le faisait souffrir.
« Hey ! appela-t-il. Que se passe-t-il ? »
Il se plaça devant un homme en blanc qui disparaissait derrière une pile de pansements anhydres.
« Que se passe-t-il ? répéta-t-il.
- La pluie, bougonna l’homme. Que voulez-vous que ce soit d’autre ? Ebola a disparut avant … Laissez-moi passer !»
Cosme le laissa s’éloigner, zigzagant entre les lits placés au hasard et les patients perdus. La pluie. Le jeune homme se souvint des nuages noirs qu’il avait vu hier matin. Ils ne pouvaient déjà être sur eux, à moins que le vent ne soit revenu. Impossible ce n’était pas la saison …
Cosme trouva les escaliers, les ascenseurs étant impossibles d’accès, et descendit dans les entrailles de l’Eponge. L’étage des buveurs était en pleine effervescence. Les appliques lumineuses signalant les interventions d’urgence clignotaient sans relâche. A peine eut-il franchit les premières salles que le haut-parleur au dessus de sa tête se mit à crachoter : « Cosme ! aboya la voix déformée du buveur-en-chef. En salle d’alerte immédiatement ! ». Le jeune homme s’y précipita.
Le buveur-en-chef était en nage. Il se bagarrait avec les appels incessants, les organisations des équipes de buveurs et les arrivées des blessés. Son teint avait presque la couleur d’une aubergine bien mûre, ses petits yeux sortaient de leurs orbites. On aurait dit qu’il était hydraté et qu’il suffoquait. Lorsqu’il vit Cosme, il lâcha tout ce qu’il avait dans les bras et se précipita vers lui. Le jeune homme eut un instant de surprise en le voyant débouler ainsi. Le buveur-en-chef lui attrapa le bras et le fit pivoter dans une autre direction.
« Venez Cosme, murmura-t-il avec un air conspirateur. Et silence, c’est un cas de force majeure. »
De plus en plus surpris, Cosme se laissa guider par le buveur-en-chef. Ils descendirent un escalier métallique minuscule qu’il ne se souvenait pas avoir jamais emprunté depuis qu’il travaillait à l’Eponge. Ils traversèrent ensuite au pas de course de longs couloirs déserts, peints en vert, où là encore il n’avait jamais mis les pieds. Ce fut lorsque le buveur-en-chef, le teint bien mûr, essoufflé, s’arrêta devant une porte métallique qu’il demanda :
« Où sommes-nous donc ?
- Etage 9, département de l’inconnu.
- Mais … hésita-t-il. Il n’y a pas d’étage 9 …
- Non bien sûr ! ragea le gros homme. Cet endroit n’existe pas. C’est secret défense comme ils disaient avant. Tout ce qui se trouve derrière cette porte n’existe pas, n’a jamais existé, Cosme ! Pigé ? »
Cosme hocha lentement la tête et reporta son attention sur l’endroit où ils se trouvaient. Département de l’inconnu. Cela portait bien son nom en tout cas … Le buveur-en-chef avait reprit son souffle et un peu de son teint naturel, pâle. Il plaça sa grosse main contre une plaque biométrique, puis passa son œil au scanner rétinien. La première porte se leva dans un cliquetis métallique. Elle se referma après qu’ils eurent pénétrés dans le sas.
« Département de l’inconnu, alcôve 17. Bienvenue. Veillez passer vos combinaisons stériles et fournir une identification vocale, annonça une voix de synthèse »
Vêtus de combinaisons blanches totalement imperméables, ils s’approchèrent de la deuxième porte.
« Veuillez fournir une identification vocale, répéta la voix. »
Le buveur-en-chef s’éclaircit la voix.
« Sigri VanLaert, buveur-en-chef, étage 8.
- Accès autorisé, minauda la voix.
- Cosme Cszecsy, buveur, équipe 1408, étage 8.
- Accès autorisé. »
La deuxième porte de l’alcôve 17 coulissa avec un chuintement d’air comprimé. Les deux hommes emballés dans leurs combinaisons immaculées pénétrèrent à l’intérieur. Cosme eut le souffle soudain coupé. Le sang lui monta à la tête, il crut un instant qu’il s’asphyxiait dans sa combinaison. Un petit homme lui saisit le bras, l’aidant à surmonter le vertige. Doucement il lui dit :
« Ce n’est rien, ça va passer.
- Que se passe-t-il ? souffla Cosme.
- Adaptation des voies respiratoires, expliqua le petit homme. La teneur en dioxygène est ici supérieure à celle de l’air sec. »
Il jeta un coup d’œil au buveur-en-chef, les joues rouges vif, qui respirait goulûment la bouche grande ouverte.
« Suivez-moi messieurs, dit simplement le petit homme lorsqu’ils se furent habitués à l’air ambiant. »
Une autre porte fut poussée, manuellement cette fois, et ils pénétrèrent dans une salle carrelée de blanc. Au centre se trouvait une table en métal gris acier. Il y faisait froid. Quelque chose était posé sur la table et recouvert d’un drap blanc. Cosme crut un instant avoir pénétré dans une des ces salles d’autopsie, d’avant. Une femme maigre, aux yeux sombres énormes s’approcha d’eux. Le buveur-en-chef s’éclaircit à nouveau la gorge :
« Docteur, voici le buveur qui l’a découvert et qui s’est chargé de son transfert. »
La femme hocha la tête durement. Cosme devina ce qui se trouvait sur la table avant qu’elle ne relève le drap. La femme de la piscine était allongée là. Il remarqua alors combien elle semblait jeune, et combien sa peau était étonnamment colorée.
« Elle est vivante ? demanda-t-il car la pièce lui faisait vraiment l’effet d’une morgue.
- Oui, répondit sèchement la femme. Aussi étonnant que cela puisse paraître, elle est en vie, et ses fonctions vitales sont normales. »
Un autre homme s’approcha du centre de la pièce. Cosme ne l’avait pas remarqué tout de suite parce qu’il était resté debout devant le mur blanc. Blanc contre blanc, invisible … Sa voix était très grave et il était athlétique. Carré, nota Cosme bêtement.
« Racontez-nous les circonstances dans lesquelles vous l’avez trouvée, demanda-t-il.
- Au cours d’une intervention de l’équipe 1408, suite à un appel pour une recherche de fugueurs dans une ancienne piscine. »
L’homme balaya l’air devant son visage, agacé.
« Nous savons déjà tout cela, nous avons lu les rapports fait par les autres membres de votre équipe. Racontez-nous précisément comment et pourquoi l’avez-vous trouvée. »
Cosme trouva la question un instant bizarre, puis répondit :
« J’inspectais aux environs du bassin olympique, en restant à la limite du seuil hygrométrique et j’ai entendu un bruit qui m’a attiré vers elle.
- Quel sorte de bruit, questionna l’homme carré soudain intéressé.
- Un pleur, répondit Cosme. Une sorte de pleur, comme un pleur d’enfant et nous étions à la recherche d’enfants. Au fait … les ont-ils retrouvés ? »
L’on ne répondit pas puis le buveur-en-chef déclara :
« On les a trouvé peu après le transfert, hydratés dans les anciens vestiaires. Ils n’ont pas pu les déshydrater. »
Le jeune homme soupira. Il avait souvent vu des corps hydratés. Les morts étaient bleuis, putréfiés, spongieux et plus que tout dangereux pour les personnes les découvrant.
L’homme carré reprit son interrogatoire.
« Que s’est-il passé ensuite ? A-t-elle reprit conscience ? Avez-vous remarqué quelque chose d’anormal, d’étonnant ? »
Cosme fut tenter de répondre tout de suite. Oui, elle avait dit quelque chose. Nyo. Et oui, il avait remarqué quelque chose d’anormalement étonnant. Elle.
« Non, déclara-t-il enfin. J’ai procédé à une vérification de son étal vital, en prenant son pouls au niveau du cou. Puis j’ai demandé le transfert immédiat.
- Cosme, dit nerveusement le buveur-en-chef. Il faut que vous sachiez que tout ce que nous disons dans cet endroit est enregistré, passé dans l’Inquisiteur et archivé sur l’Honneur. »
Le jeune homme déglutit lentement. Voilà qui rajoutait du piment à la sauce comme on disait avant. D’abord le département inconnu de l’inconnu. Puis les questions louches du mec louche et carré. Ensuite ça, les conversations passées à l’Inquisiteur (un détecteur de mensonges) et archivées sur l’Honneur (le code de vie, une sorte de bible mais en laïc si l’on peut dire …). La curiosité de Cosme se mit à pétiller. C’était un très bon menteur, et le buveur-en-chef le savait bien. Il rentra donc dans le jeu stupide, mais honnête, de celui qui ne comprend pas vite :
« Comment ça ? s’exclama-t-il les yeux ronds. Pourquoi tant de bazar pour cette affaire ?
- Vous ne comprenez donc pas Cosme ? s’enragea le buveur-en-chef. C’est un cas de force majeure ! On a encore jamais vu ça ! C’est …
- Buveur Cosme, coupa le mec carré. Etes-vous bien sûr de ce que vous déclarez ?
- Oui, répondit-il au tac-au-tac.
- Etes-vous certain qu’elle n’a pas reprit conscience ou que vous ne l’avez jamais vue auparavant comme déclaré dans votre rapport ?
- Absolument certain. Pourquoi ? demanda-t-il réellement intrigué.
- Parce qu’elle vous demande. »

Cosme se tourna lentement face à la table métallique. La jeune femme y était allongée, nue. Les côtes saillaient sous sa peau rosée. Ses épaules et ses cuisses restaient blanches en raison de leur contact avec l’acier froid. Son visage fermé était magnifique, même sans l’éclat de ses yeux, mais sa maigreur était choquante.
La grande femme sèche décrocha les deux électrodes qui était collées sur le front de la jeune femme et les colla sur celui de Cosme. Surprit, il écouta ses explications.
« Cet appareil que vous voyez là-bas (elle désignait de son doigt décharné une grosse boîte blanche) et relié à ces deux électrodes ultrasensibles (elle indiqua le front de Cosme). C’est un appareil d’un genre nouveau capable de déchiffrer en partie les ondes cérébrales.
- Que voulez-vous dire par là ? sursauta le buveur-en-chef.
- Je veux dire par là, Buveur VanLaert qu’il est possible de lire, dans les messages électriques crées par le cerveau de la personne, des messages principaux.
- Les pensées donc ? coupa-t-il encore.
- Oui, les pensées, affirma la femme avec une moue pincée. Mais uniquement les pensées principales, celles qui occupent l’esprit. Nous n’arrivons pas encore à déchiffrer les ondes plus fines. Que faîtes-vous voyons ? »
Cosme venait d’arracher les électrodes de son front pâle. Que verraient-ils sur leur moniteur ? Quelles étaient les pensées les plus importantes susceptibles d’être déchiffrées par la machine ? Ses souvenirs d’avant, toutes les horreurs causées par l’eau nouvelle, la mort de ses proches, les reflets interdits qu’il avait contemplés, les yeux dorés …
Il tendit les électrodes à la femme.
« C’est privé, dit-il comme pour s’excuser. »
Elle haussa les épaules et replaça les électrodes sur le front de la jeune femme allongée. Il n’y aurait pas de démonstration.
« Son état est stable comme je vous l’ait dit, reprit-elle. Mais elle ne réagit à aucun test d’éveil et ne sort pas de la léthargie dans laquelle elle semble plongée depuis son hydratation. Impossible à dater. Elle semble étonnamment bien survivre à l’eau nouvelle qui ne détruit pas ses tissus et tout le processus d’irrigation du corps fonctionne, comme avant. Son cas nous a donc tous plongés dans une curieuse interrogation. Nous avons ensuite déchiffré ses ondes cérébrales principales. »
La femme s’approcha d’un écran. Avant de l’allumer, elle dit :
« Ce que vous allez voir est sa pensée principale, ce qui hante son esprit. Retravaillé par ordinateur. »
Ils furent tous plongés dans la stupeur lorsqu’ils vivrent ce qui s’afficha.

Cosme était là, nu lui aussi, le visage grand ouvert dans une sorte d’ébahissement confus et émerveillé. Tout autour de lui était l’étrange lumière, ses rayons l’enveloppaient de leurs corps brisés. Il semblait qu’il volait mais sa peau rosée, hydratée, lui fit comprendre qu’il flottait. Il était là, nageant immobile dans l’eau aux multiples couleurs. Puis les couleurs soudain se ternirent et il fut éblouit par les éclats argentés qui apparaissaient tout autour de lui dans l’eau nouvelle. Son visage explosa de douleur. Sa bouche s’ouvrit comme un gouffre, s’emplissant d’eau, hurlant silencieusement. Sa peau prit d’abord une teinte grisée, puis blanchâtre. Ses yeux pâles et clairs se muèrent en deux pièces d’or scintillantes. Leur éclat doré repoussant les reflets d’argent, et les monstres insipides qui s’étaient jetés sur lui.


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Didulou-chan
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MessageSujet: REFLET   Dim 13 Mai - 4:22

4. dans les puits dorés


La femme éteignit l’écran alors que la séquence reprenait au début. Le silence qui s’abattit sur eux fut comme une chute d’eau glacée. Elle les piqua au vif et les emplit de terreur. Le buveur-en-chef déglutit plusieurs fois bruyamment. Il frotta sa gorge au travers de sa combinaison stérile.
« Eh bien, dit-il d’une voix mal assurée. Expliquez-vous Cosme ! Comment se fait-il que vous soyez là ? Dans … dans l’esprit de cette … de cette … femme étrange !
- Elle n’est pas étrange VanLaert ! s’emporta la femme sèche. Elle est tout simplement exceptionnelle ! »
Le buveur-en-chef se ratatina. Les événements le dépassaient. Il se mit à bredouiller.
« Mais … mais … c’est … ce n’est pas du tout ce que …
- Buveur VanLaert, coupa l’homme carré. Il me semble que l’étage 8 est en pleine activité depuis la pluie de ce matin.
- Assurément, répondit-il plus posé.
- Alors on y a assurément plus besoin de vous qu’ici. »
L’homme avait dit cela d’un ton qui ne permettait aucune réplique. Le buveur-en-chef d’ailleurs ne se le serait pas permi. Avec grand soulagement, il salua les personnes présentes et disparut par les doubles portes du sas stérile. Cosme toujours pétrifié, imagina brièvement ses pas précipités dans le long couloir vert, sa respiration haletante et son teint écarlate, puis son attention revint à la jeune femme.
Immobile et mystérieuse sur la table d’acier. Son long corps frêle et rose, son parfait visage clos. Cosme la trouva une nouvelle fois magnifique. Malgré les cernes noirs sous ses yeux, malgré son crâne sans cheveu, malgré qu’il flottait dans son esprit.
« Qu’allez-vous lui faire ? demanda-t-il à la fois à l’homme carré et à la femme sèche.
- Tout tenter pour la réveiller, répondit la femme. »
Elle se replongea dans son mutisme pincé, examinant et réglant la boîte blanche de l’appareil décodeur d’ondes cérébrales. Au bout d’un moment de silence, l’homme carré soupira à côté de Cosme.
« Suivez moi, lui dit-il. »

« C’est quelque chose qui dépasse les buveurs, les buveurs-en-chef et tous ceux que vous côtoyez là-haut (l’homme désigna le plafond d’un geste rapide). C’est quelque chose qui nous dépasse tous. »
L’homme carré avait emmené Cosme dans une autre salle du département de l’inconnu. Il avait déclaré s’appeler Smith, anonyme bien entendu … et mélancolique de l’avant, certainement.
« Buveur Cosme, vos états de services sont excellents. De nombreuses missions réussies avec brio, toutefois tâchées par quelques écarts de conduite.
- Si vous en veniez aux faits ? trancha Cosme réellement intrigué.
- Bien, comme vous voudrez, répondit l’homme carré avec un froncement de sourcils. Le Docteur et son équipe travaillent au département de l’inconnu depuis sa création. Leurs recherches sont extrêmement importantes. Pour vous résumer la situation après de nombreuses années de recherche, il est apparut l’existence d’êtres d’un genre nouveau. »
Comme Nyo ? faillit lâcher Cosme. Il se mordit la lèvre.
« Ces êtres sont comme cette femme que vous avez trouvée près de la piscine. Ils sont résistants à l’eau nouvelle, mieux ils sont entièrement fait de cette matière. De la même façon que les Hommes de l’avant étaient quasiment composés de l’eau ancienne. Quel âge avez-vous Cosme ?
- J’ai vingt-trois ans, répondit le jeune homme.
- C’est assez pour avoir connu l’eau ancienne, et avoir subit la Déshydratation. Vous deviez être jeune pourtant à cette époque.
- Quel rapport ? rappela Cosme.
- J’y viens, dit l’homme carré agitant la main. C’est à cette même époque que les premiers êtres faits de l’eau nouvelle sont apparus. Vous n’êtes pas sans savoir qu’avant de maîtriser la technique de l’Injection, nos centres de Déshydratation déversaient l’eau des corps dans la nature. »
Le jeune homme hocha la tête.
« Dans certaines de ces mares apparaissaient les êtres. En tout point semblables à nous, excepté cette curieuse carnation et le fait qu’ils soient hydratés de l’eau nouvelle. »
L’homme carré marqua une pose. Ses sourcils firent un V au travers de son front. La discussion prend un tournant grave, pensa Cosme.
« Le Docteur a élaboré une machine d’un genre nouveau. Je ne pourrais vous expliquer son fonctionnement car ce serait une perte de temps, et pour tout vous dire je n’y comprend rien car je ne suis pas expert. Vous non plus. Cette machine permet de faire voyager l’esprit d’une personne à l’intérieur du subconscient, de l’esprit d’une autre personne. »
L’homme carré laissa ses paroles faire leur effet. Cosme déglutit. Il comprit ce que l’homme carré voulait de lui, ce pourquoi il était assis là au département de l’inconnu. La peur l’envahit mais la curiosité fut plus forte.
« Impossible, dit-il pour la forme.
- Vous verrez, dit l’homme carré avec un petit sourire. »

Et Cosme fut aspiré. Il arriva dans un endroit inviolé, sacré et immuable. Il sentit immédiatement qu’à cet endroit il était le seul à poser le pied. Il sentit son être, l’essence de lui-même aspirée vers l’endroit comme s’il pouvait refermer la main dessus, et il se sentit frêle. Son corps et toutes les sensations corporelles qu’il avait éprouvées jusque là disparurent ; il commença à ressentir avec son esprit. Ce fut presque sans y penser qu’il cria :
« Où suis-je ? »
Un vent se leva, en réponse à son cri. L’air autour de lui se chargeait de senteurs inconnues. Les murs immenses et immaculés s’ornèrent de couleurs étranges. Le sol devint terre, la terre sous ses pieds fut fertile et en un instant vit éclore toutes sortes de plantes. Cosme eut soudain l’impression d’être une fourmi dans un vivarium, comme avant ils avaient l’habitude de faire. Mais il fut frappé par quelque chose qui brisa sa pensée : les plantes qui l’entouraient, les lueurs et les odeurs qui dansaient autour de lui, les couleurs étranges sur les murs lointains et dans le ciel ; rien de tout cela n’appartenait à l’avant.
« Où suis-je ? » murmura-t-il cette fois.
Un crissement de gravier le fit se retourner brusquement. A deux pas de lui, les cailloux s’écartaient d’eux même. Des lettres s’inscrivaient sur le sol.
DANS MON ESPRIT
Lu-t-il avec appréhension. Alors oui, ça avait marché ? Il était vraiment dans l’esprit de Nyo ? Et ces plantes ? Et cette lueur ? Et cet endroit ? Tout cela n’était qu’une vue de l’esprit, de son esprit ou du sien ? Cosme frissonna. Lui-même n’était qu’une vue de l’esprit de la jeune femme. Elle l’y avait invité, elle avait attiré son essence. Il y eut un bruit de tissu. Cosme ne put retenir un cri de stupeur.
Ses vêtements venaient de changer en un clin d’œil, sans qu’il ne bouge, sans qu’il ne le sente. Il portait une grande chemise rouge, ample et resserrée à la taille par un bandeau ocre. Un pantalon en toile marron et des bottes noires. Il remarqua aussi avec effarement que ses cheveux, ses propres cheveux, étaient longs. Une cascade noire retombait sur ses épaules, maintenue au front par un bandeau de toile. Enfin, un large anneau doré lui enserrait le poignet droit. Dessus scintillait étrangement une énorme pierre rouge.
Sans ses vêtements acryliques, résistants à l’eau, sans sa montre digitale, sans ses chaussures climatisées, Cosme ne se sentait plus lui-même. Mais lorsqu’il fit un pas ainsi transformé, il se sentit plus lui-même qu’il ne l’avait jamais été. Le jeune homme eut une telle sensation de confiance, qu’il sourit. Et doucement, le vent chargé de senteur se mit à fredonner. Un air dansant comme une flamme. Le vent le poussa entre les plantes.

Cosme marcha un moment, sourire sur le visage, poussé par le vent sans se soucier de rien d’autre que la musique dansante. Ses cheveux dansaient, les toiles de ses vêtements suivaient. Il aimait la façon dont les senteurs enflaient ses jambes et ses bras de tissu.
Soudain, au détour d’une grande tige verte, le vent s’arrêta. Non il ne disparut pas, il s’arrêta de le pousser et continua de chanter sur place. Cosme leva les yeux et tout près de lui, derrière quelques feuilles bourgeonnantes se trouvait Nyo.
Elle était grande, fine et sa peau avait ce teint si exceptionnellement rosé. Elle dansait pieds nus sur les graviers sans se soucier du jeune homme. Il resta un moment planté là, tout proche, à regarder voler les pans de ses vêtements pourpres et les bijoux rouges et or qui scintillaient à ses bras.


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MessageSujet: REFLET   Dim 13 Mai - 4:24

5. dans leur essence



Ce qui se passa ensuite n’appartient pas à la connaissance des Hommes. (l'homme carré)

Le buveur Cosme quitta son corps pour ne jamais y revenir. Son cœur s’arrêta de battre car il s’était peu à peu hydraté de l’intérieur. Nul ne compris jamais vraiment comment. Il fut pour la dernière fois déclaré mort en mission. Lorsqu’on dispersa ses cendres dans l’atmosphère sèche, il n’y avait que Alej et un homme en noir, anonyme aux larges épaules carrées.
Nyo, car c’est ainsi que Cosme se plaisait à l’appeler, ne s’éveilla jamais malgré tous les efforts des chercheurs à la suite de la mort du buveur. Des milliers de disques durs furent emplit d’images provenant de son esprit, des analystes passèrent des centaines d’heures à trier toutes ces images. Un couple nu nageait dans l’eau nouvelle. Des pièces d’or scintillaient au fin fond d’un univers argenté. Parfois émergeaient des visions d’un jardin paradisiaque et de végétaux surdimensionnés. Nul ne réussit jamais à comprendre ces images.
Le corps hydraté de la jeune femme fut mis en pièce par des chercheurs de toute la planète. Lorsque l’un d’eux mourut hydraté en manipulant un organe, ses restes furent desséchés et incinérés. La science oublia les cendres dans l’usine de recyclage.

Le gros homme toussa dans sa combinaison étanche. Sa gorge lui faisait un mal de chien. Il se mit à maudire silencieusement ses conditions de travail ; pourquoi fallait-il que ce soit lui qui s’occupe de tous ces déchets ultra dangereux ? Et si cette combinaison n’était plus étanche ? C’était peut être pour cela qu’il se sentait de plus en plus mal ? Il continua cependant de racler les cendres dans lesquelles il pataugeait, avec une sorte de grognement résigné. Un tintement métallique se fit entendre. Il remua sa pelle et le bruit se fit à nouveau entendre. Curieux, le gros homme fouilla les cendres. Il retira un, puis deux gros jetons dorés recouverts d’une croûte noire. Il allait appeler son collègue qui maniait la pelle un peu plus bas sur le monticule lorsque les jetons vibrèrent entre ses doigts. La pellicule noire qui les recouvrait s’effrita en un instant et les jetons se mirent à irradier comme deux boules de feu. Le gros homme écarquilla les yeux. L’or dans ses mains se liquéfia, transperça sa combinaison, toucha sa peau. Il hurla. Le liquide doré qui n’était pas de l’eau nouvelle roula le long du monticule de cendre. Les autres hommes qui portaient secours au gros homme à terre ne le remarquèrent pas. L’or gagna le première flaque d’eau nouvelle. Dès le premier contact, l’argent se mua en or. A la surface du liquide, se dessina un reflet. Le visage rosé d’un jeune homme emplit l’espace doré, ses cheveux en broussaille étaient noirs encre et ses yeux étaient pâles comme la lune ; il y eut une secousse dans la terre et ses yeux devinrent d’immenses boules de lumière dorée.
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