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 Illusions & Papier de Riz

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Didulou-chan
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Localisation : dans le monde fantastique des espaces vectoriels!
Date d'inscription : 11/05/2007

MessageSujet: Illusions & Papier de Riz   Dim 13 Mai - 4:05

ILLUSIONS & PAPIER DE RIZ

Après avoir lu Stupeur&Tremblements d’Amélie Nothomb, une grosse envie de choses nippones. Envie surtout de reconstituer cet univers si esthétique. Et puis une jolie phrase bien philosophique, qui m’étonne encore, comme quoi l’inspiration vient parfois sans que l’on s’en aperçoive.
2006




La première chose qui submergea la jeune femme fut l’étonnante odeur de la petite pièce. C’était une odeur lourde, qui avait presque de la consistance. Une de ces odeurs agréables mais qui, à la longue, donnent vraiment la nausée. Elle se fit l’idée de myosotis coupés en abondance, déposés dans un vase en cristal. Les délicates fleurs bleues enivrant l’air jusqu’à faire tourner de l’œil. Mais le bouquet, qui devait alors être immense, n’était pas dans ce qu’elle pouvait voir ; son champ de vision donc. Cette vision était extrêmement réduite par la petitesse de la pièce dans laquelle elle se trouvait, mais aussi extrêmement brouillée par la multitude d’objets qu’il y avait d’entassés là. Bibelots quelconques, bizarreries en jade, dragons miniatures en plastique crachant colère et flammes face à des soldats en plâtre impériaux et moustachus. Les fins murs de papier de riz avaient une légère teinte violacée industrielle. Leur fragilité ne permettant le soutient d’étagères : de nombreux ouvrages avaient été rangés à même le sol, soigneusement cependant. Elle devina pourtant, non elle pressentit plutôt, que ces grands livres gris et fins, calligraphiés à merveille étaient sans valeur, des purs navets en quelque sorte. Tout ce bazar semblait en toc, les banderoles suspendues au plafond, ornées de signes asiatiques tracés à l’encre de chine eux aussi semblaient bidons. Elle ne pouvait les comprendre mais elle pressentait, oui elle pressentait, qu’ils énonçaient des dictons stupides, vieux comme le monde.
La seconde chose qui submergea ensuite la jeune femme fut la femme, l’honorable geisha comme elle se plut à la nommer, qui poussa un des panneau de papier et pénétra dans la pièce. Elle était vêtue d’un ample kimono en lin, blanc et brodé de fil d’or. Ses longs cheveux noirs ébène étaient magnifiquement et curieusement noués, entrelacés, coincés sur le haut de son honorable tête par un enchevêtrement gracieux de baguettes décorées et de rubans chatoyants. Le plus stupéfiant chez l’honorable geisha qui vint s’asseoir en face de la jeune femme, à même le sol sur le tapis tressé comme à l’accoutumée des asiatiques, était son visage. D’abord ce visage était tout simplement celui d’une asiatique, et le visage des asiatiques est tout simplement incomparable. Celui-là sembla à la jeune femme être une perfection. Le teint de lait, lait de soja sûrement, s’accordait admirablement bien avec la noirceur lumineuse de ses cheveux. Ses joues légèrement saillantes encadraient avec douceur la bouche minuscule et les lèvres redessinées discrètement au pinceau de crin. Son nez était évidemment ce nez que l’on retrouve, à peu près similaire, chez tous les asiatiques, à ceci près qu’il était parfait : les ailes étaient dépliés comme celles d’un papillon posé sur l’arête, bien rectiligne du nez blanc. Mais l’honorable geisha avait sur ce beau, magnifique, sublime visage encore quelque chose de si étonnant de perfection qu’il n’y avait dans l’esprit de la jeune femme aucun mot de beauté pour le qualifier. Ses yeux. Les deux fins et grands yeux ouverts de l’honorable geisha étaient bleus. C’était un bleu très pâle, presque gris et ils illuminaient ce tableau de perfection qu’était son visage. Il sembla à la jeune femme que ces yeux-là étaient tout comme deux fenêtres donnant sur un ciel sans nuage, emplit de lumière. Des yeux aussi beaux que ceux-ci avaient dus dominer d’un seul regard le toit du monde, et aussitôt en capturer et conserver l’éclat étrange.
L’honorable geisha dont la jeune femme n’arrivait pas à stopper la muette contemplation était assise sur ses genoux, devant elle. Sur le tapis tressé. Dans la pièce aux murs en papier légèrement violacés. Derrière elle s’étalaient les bibelots à deux sous, à côté d’elle les ouvrages de camelotes. L’honorable geisha était une statue de perfection perdue dans un sanctuaire totalement désuet.
L’odeur revint assaillir la jeune femme, comme un guerrier samouraï assénant un cou de sabre, déchirant l’atmosphère de béatitude installée par l’honorable geisha. La jeune femme sentit cette curieuse nausée revenir, les myosotis devinrent alors absolument insupportables, et alors elle regarda à nouveau l’honorable geisha assise en face d’elle, toujours muette. Il sembla qu’elle n’avait pas bougé d’un iota, mais qu’elle avait changé, imperceptiblement changé. Et radicalement. La jeune femme le perçut tout de suite et cette fulgurante réaction d’esprit l’étonna à cause de sa propre torpeur, de son malaise soudain grandissant.
Le kimono lui apparut soudain n’être qu’une fripe, un peignoir de pacotille, hybride mi-polyester et mi-coton. Les broderies d’or n’étaient en réalité que des sérigraphies réalisées au fer à repasser. Les baguettes et les rubans clinquants fichés dans les cheveux colorés dans un lavabo n’étaient plus que des babioles, des espèces de chinoiseries qu’on trouve dans les tout-pour-rien-du-tout. La jeune femme fut profondément déçue. Elle eut soudain envie de se jeter sur l’honorable geisha pour arracher ces machins et y lire sur la tranche made in taïwan, au moins les baguettes serait vraiment d’origine asiatique. Elle eut envie de rire, bêtement, de se moquer de la geisha et de ses atours de polichinelle. Le rire gras, méchant montait dans la gorge de la jeune femme mais elle se retint. Elle venait de reposer les yeux sur le visage de l’honorable geisha. Un sentiment de désespoir l’envahit. Le visage lui aussi n’était plus qu’illusions : le teint si pâle, la bouche si parfaite, le nez si radieux … Illusions. Elle voulut un moment gifler l’honorable geisha, mais elle se retint encore. Les joues croulaient sous la couche de fond de teint laiteux, les lèvres bavaient leur rouge vulgaire et excessivement étalé. Le nez était tordu, cassé, effrayant. Et les yeux … Les yeux, les fenêtres du toit du monde étaient brisées, salies. Le regard de la geisha, qui n’était plus l’honorable geisha, était morne. Sa magnificence s’était envolée, c’était une statue qui n’était plus en albâtre mais en plastique thermoformé et terriblement fadasse.
Au dehors, loin derrière les fins murs en papier de riz siffla un sabre de samouraï. Fin et magnifique, puis brisé inutile sur le sol comme la beauté perdue de l’éphémère honorable geisha. La jeune femme quitta alors la geisha de pacotille des yeux, et reconsidéra ce qui l’entourait. La pièce était remplie de trésors inestimables. Faits de marbre colorés, de métaux rares et ouvragés, de bois de rose sculptés. D’incalculables livres étaient aussi alignés contre les parois des murs délicats, c’étaient des livres en papier filigranés, précieux comme cents objets en or, contant des périples héroïques oubliés de l’histoire grandiose. Du plafond étaient suspendues de longues banderoles d’ornement en papier sur lesquels étaient inscrits à la plume de longues phrases en pictogrammes complexes. La jeune femme n’avait évidemment pas le savoir requit pour les déchiffrer mais elle devina, non elle pressentit plutôt, qu’il y était écrit quelque chose de beau, de respectable autant que sage.

En cela elle ne se trompa pas, il y était inscrit "La beauté n’est qu’une question de point de vue, et il faut y regarder à deux fois avant de porter un jugement. "
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