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 Oedipe

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Belzaybeth
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MessageSujet: Oedipe   Jeu 29 Mar - 20:19

Info: L'histoire d'Oedipe racontée du point de vue de ce dernier.

Oedipe


À bout de souffle, je me précipite avec désespoir dans la chambre. Je n’aurais jamais dû la laisser seule, c’était une erreur impardonnable. Avec appréhension, je jette un coup d’oeil dans la pièce. Les fenêtres sont grandes ouvertes, laissant entrevoir une journée ensoleillée qui ne fait que rendre ma douleur encore plus lancinante. C’est alors que je la vois, silhouette aux courbes divines dont les cheveux noirs de jais contrastent avec la blancheur immaculée des draps et des murs de la chambre. Je m’approche lentement du corps inerte de ma muse. Les murs semblent se muer sous la lumière du soleil, devenant ainsi d’immenses brasiers qui engloutissent sous leurs flammes féroces les derniers vestiges de son innocence.
Les choses ont commencé à s’aggraver lorsque le comté voisin déclara la guerre contre mon peuple. J’étais consterné, ne comprenant pas d’où venait cette décision soudaine, nos deux terres ayant toujours été en bon termes. Étant de nature plutôt pacifique, je voulus régler le conflit à l’amiable avant de m’aventurer sur le champ de bataille, mais mon rival ne m’écouta point, se bornant à dire qu’il réclamait vengeance. Ce n’est qu’après maints efforts auprès de ses fils que j’appris la vraie nature de sa colère ; une rumeur circulant dans leur région voulait que je dissimulasse le fourbe traître ayant tué son frère à l’intérieur de mon territoire. Je fus offusqué par ces révélations et édictai immédiatement un avis public visant à trouver et à arrêter le malfaiteur.
Soudain, le vent s’engouffre dans la pièce en rafales, faisant virevolter les tentures et les draps du lit, ombres accusatrices dardant leurs reproches vers moi. Je peux les entendre blâmer mon esprit soupçonneux et mon manque de jugement qui causèrent ma perte et celle de ma bien-aimée. Hélas ! il est trop tard pour soupirer sur les erreurs du passé.
Voulant régler à tout prix le litige créé par ce malentendu, je demandai à Créon de bien vouloir quérir Tirésias, le prêtre aveugle. Il s’acquitta de sa tâche avec diligence, et bientôt je me retrouvai face à face avec ce dernier, qu’on racontait doué du don de clairvoyance. Cependant, il s’enfermait dans un silence absolu, s’acharnant à me répéter que la vérité causera ma déchéance, et qu’il valait mieux rester dans l’ignorance que dans la désolation. Oh ! combien je regrette maintenant d’avoir refusé d’écouter ses judicieux conseils !
Avec un triste sourire, je contemple avec tendresse le visage ivoire de ma déesse, caressant ses lèvres incarnates de mes doigts tremblants. Rien n’indique que la vie a déserté ce corps gracieux, si ce n’est la blancheur de sa peau froide au toucher, froide comme une nuit sans lune. J’essuie avec ma main la goutte d’arsenic suspendue au coin de ses lèvres, puis dépose sur cette bouche envoûtante un baiser d’adieu.
Après des heures de pourparlers, Tirésias trahit enfin le secret qui pesait sur ses épaules depuis tant d’années. Ainsi, j’étais le meurtrier ! Quelle farce de mauvais goût ! Je l’enjoignis d’arrêter ses railleries et de dénoncer le vrai coupable. Ce n’est que lorsque son insistance se fit gênante que la colère m’envahit. Essayait-il de m’inculper, moi, illustre guerrier ayant sauvé ce royaume de l’anéantissement ? Aveuglé par la fureur, je blâmai Créon d’être de mèche avec Tirésias, et de convoiter mon trône. Étant le frère de mon épouse, il serait le prochain à gouverner sur mon territoire si je venais à trépasser. Un messager entra alors que la querelle s’envenimait, apportant avec lui la nouvelle de la mort de mon père, et une lettre de ma mère. Elle dévoilait les circonstances de ma naissance, expliquant qu’elle m’avait trouvé enfant près des terres qui sont présentement miennes, et que mon vrai nom était Œdipe de Thèbes. L’effroi m’envahit soudain, alors que je me remémorai les paroles de mon épouse, m’expliquant combien elle regrettait d’avoir abandonné son bébé alors qu’elle était encore une jouvencelle, ce dernier étant le fruit d’une union illicite entre elle et son amant. Au bord de la défaillance, j’entendis à peine Tirésias crier que l’assassin de Laïos de Thèbes n’était nul autre que moi. N’était-il pas l’homme que j’ai défié et occis en duel il y a de cela très longtemps, pour avoir souillé mon honneur ? J’eus à peine le temps de faire le lien entre ce dernier et le contenu de la lettre lorsque j’entendis un cri perçant. Je vis ma dame sur le pas de la porte qui murmurait mon fils…mon propre fils… Quand elle me vit, elle s’enfuit précipitament de la pièce, envahie par le désespoir.
Après un dernier regard empreint de mélancolie, je détourne la tête pour me diriger vers la fenêtre grande ouverte. Je m’aventure sur le balcon pour observer le soleil qui se moque de mon malheur et darde ses rayons ardents sur les quelques passants réjouis de ce moment combien éphémère ! C’est alors que j’aperçois un petit garçon, encore habité par la candeur de l’enfance. Le voilà qui lève ses yeux naïfs et riants vers moi, souriant comme seul un être pur de tous péchés peut le faire. Je lui souris à mon tour, conscient de la beauté qui abrite ce geste aussi simple. Le petit garçon retourne tranquillement à son jeu, et oublie complètement ma présence. Lentement, je sors ma dague de mon fourreau puis d’un coup sec, je trace une ligne vermeille sur mes yeux, brûlant à jamais dans ma chair et dans mon âme cette image de l’innocence qui m’est pour toujours insaisissable.
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