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 Tropiques révolutionnaires : Cuba

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Lau/Zegatt
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Localisation : Nancy / Paname / Avignon, France
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MessageSujet: Tropiques révolutionnaires : Cuba   Mer 21 Mar - 14:02

Et voilà ! Je me lance donc pour vous faire partager mon escapade cubaine à la veille de la maladie de Castro en dressant un tableau de l'île que j'espère sans concession.
J'espère que mes allusions parfois inexpliquées (références à des livres, films, chansons,...) ne vous plongeront pas dans le brouillard. Certaines personnes mentionnées resteront dans l'anonymat (M*** dans ce premier extrait), elles sont réelles, et leur situation rend la divulgation de leurs prénoms impossibles.
Je posterai mes notes de voyage de façon à ce qu'un post signifie un jour. Et j'essaierai de poster trois jours maximum de mon périple chaque semaine, accompagnés de photos ou de documents (dessins, cartes postales, extrait de journal,...).
Bonne lecture !




Carnet de voyage :
CUBA
2 - 30 juillet 2006

« Ma bouche transmet ce que mes yeux lui ont raconté. Que mon regard n’ait jamais été panoramique, mais toujours fugace et parfois peu équitable, et mes jugements trop catégoriques : d’accord, mais c’est là comme la résonance d’un clavier sous l’impulsion des doigts qui sont venus frapper ses touches, et cette impulsion éphémère est maintenant morte. »
- Ernesto “Che” Guevara de la Serna, Voyage à motocyclette.


- PREMIÈRE PARTIE -
ESCADRILLE TOURISTIQUE ET SURVOL DE L’ÎLE


2 Juillet

Cinq ou six ans que je n’ai pas mis les pieds à Orly. Ces “retrouvailles” vont de paire avec ma destination, j’oublie enfin Etats-Unis et Angleterre pour retrouver en même temps un pays “non-occidental”, Cuba. Le vol part à 16h40 environ ; destination Santiago, Santa Clara, La Havane et compagnie, le tout entouré de cigares, de rhum, de révolution, de plage et de Guevara, bien entendu.
L’avion est rempli à deux ou trois sièges près tout au plus. Quelques Cubains, une vingtaine à priori, sont aussi de la partie. La plupart d’entre eux sont des musiciens (guitare, banjo et autres les accompagnent), peaux mates et cheveux grisonnants pour compléter le tout. L’état d’esprit caribéen est déjà sensible ; une fois trouvés leurs places, l’un d’eux fait le tour de l’avion afin de retrouver le type qui les a aidé pour s’y retrouver face aux difficultés de compréhension du français et le remercier.
A côté de ça, une très grande majorité de Français sont à bord, la plupart d’évidence en route vers la baignade, voyage culturel à la trappe. De ce côté, l’état d’esprit est râleur et impatient… parisien quoi.
Pour l’heure, j’ai récupéré à mon habitude une place dans un rang du fond à côté de la réplique parfaitement chauve du chanteur de Louise Attaque, des airs de névrosé en plus. Le gars en question est d’ailleurs de plus en plus énervé ; la petite famille - une mère et ses trois enfants dont un en bas âge - à deux mètres de là et les gueulantes du petit dernier tapent de façon évidente sur les nerfs de mon voisin. Ca commence bien.
Côté passe-temps, j’ai avec moi un scénar en attente d’inspiration, le Petit Futé CUBA et un bouquin, Le socialisme et l’homme du “camarade” Guevara, enfin dégoté chez les Rouges de la librairie La Brèche quelques jours auparavant… qui m’ont d’ailleurs appris que La Découverte comptait republier les écrits politiques et militaires du Che. La dernière édition datant (étrangement…) de 1967-1968, ça ne peut pas faire de mal.

*


Décollage ! Le voyage s’annonce en deux temps ; Santiago de Cuba d’abord pour une partie des passagers, les autres se rendant directement à La Havane après cet arrêt. Pour ma part, je fais partie du premier groupe. Il est 17h10 heure française, et je ne serai de retour que 28 jours plus tard.
Une demi-heure passe. Louise Attaque a fui la jeunesse en Pampers. Après s’être plaint à voix haute, sans réaction de personne d’ailleurs, il a finalement pris la meilleure décision pour lui – et pour moi ! - ; l’éloignement salutaire.
Comme d’habitude sur les vols longs, nous avons reçus des écouteurs. Les chaînes de radio de la Cubana de Aviacion sont à l’égal des chaînes cubaines ; peu nombreuses (4 sur 12) et d’une qualité discutable. Un de mes voisins arrière, un type d’une vingtaine d’années, est venu m’emprunter le livre de Guevara (“Ca m’intéresse”)… Youpi ! Nous sommes au moins deux de culture guévariste dans l’avion. ¡ Viva la revolucion ! Derrière moi, un Cubain tape de temps en temps le rythme en donnant parfois un coup dans mon fauteuil. En avant la musique si tel est le pli local.
Sur le coup de midi bien avancé (heure cubaine à présent), premier contact avec la boisson cubaine ; Cerveza Cristal, je m’alcoolise en l’air à présent avec la “preferida de Cuba” sur fond de palmier, par la suite accompagnée de cola cubain (pas d’impérialisme au Coca-cola non plus, faut pas déconner avec ces choses-là).

*


Petit somme réparateur. Louise Attaque a fait son ultime come-back (comme un clebs qui revient avec sa balle – les lecteurs du Voyage à motocyclette comprendront) pour récupérer ses écouteurs. Les deux sièges sont bel et bien pour moi et j’en profite pour m’y étaler de façon outrancière.
La télé diffuse La légende de Zorro, un film avec des gentils Mexicains et des vilains Ricains dedans. Les Cubains de l’avion me font de plus en plus bonne impression, communicatifs et rigolards, n’hésitant pas à taper les autres passagers sur l’épaule ou à faire des révérences clownesques afin de se laisser passer dans les 60 cm qui font office de couloir.

*


Première approche politique du totalitarisme marxiste avec un certain Fabien, celui qui m’avait volé mon bouquin, et M***, le batteur de rythme qui est dans mon dos, en réalité un professeur d’Espagnol dans les environs de Paris. Le tableau ne s’annonce pas fantastique : un Cubain vivant à l’étranger et revenant à Cuba ne peut apporter avec lui que l’équivalent de 50 € de cadeaux, les touristes bénéficient de facilités évidentes au niveau médical par rapport aux locaux, etc. Tous les Cubains de l’avion ont en tout cas leurs sacs surchargés de produits divers, depuis le savon jusqu’aux sous-vêtements en passant par du dentifrice, de la laque, des T-shirt, etc.
L’avion n’étant pas réellement sous juridiction cubaine, le débat continu bon train ; Castro, Guevara et Cienfuegos ne manquent pas d’être évoqués. Pour M***, les deux derniers ont été tués de façon directe (Camilo Cienfuegos) ou indirecte par la non-assistance évidente (Ernesto Guevara), de la part du troisième homme dans les deux cas.
Les sujets changent, on se ballade un peu dans le Cuba réel, ses questions, ses doutes, ses critiques inavouées et ses combines de tous les jours. Passage aussi par les dauphins de Santiago, les lieux à visiter, le trafic vénézuélien pétrole/médecins – les médecins cubains, réputés par ailleurs, partent au Venezuela de Hugo Chavez contre du pétrole de celui-ci -, l’achat d’eau volée, tout cela avec le sourire plein d’ironie, la remarque amusante et une solidarité entre Cubains à toute épreuve. M*** évoque aussi l’emprisonnement de plusieurs mois de son frère pour avoir dit à la fin d’une réunion du C.D.R. (Comité de Défense de la Révolution – un par quartier, sorte de comité populaire d’organisation) que Castro était un “menteur”. Il nous parle aussi de son père hospitalisé sans problème (merci le service cubain efficace) mais des dessous de table qu’il a fallu laisser afin d’avoir une chambre d’hôpital convenable pour celui-ci… La discussion est ponctuée de rasades de Habana Club (Rhum 7 ans d’âge s’il vous plaît !) partagées entre 10 personnes (Cuidado ; no soy un alcoolico de las alturas !). La conversation finie, je me retrouve avec un rencard, aussi bien à Santiago qu’à Paris de la part de M***. La nuit tombe tôt mais assez lentement sur les Caraïbes que nous approchons à présent.
Il est 20h15 quand, de façon un peu barbare mais sous les applaudissements des passagers (10 contre 1 que l’instigateur est un Cubain), nous atterissons à Santiago après avoir longé un bord de mer montagneux vaguement éclairé. Une seule question ; ces applaudissements sont-ils simplement là pour fêter l’atterrissage ou bien pour féliciter le commandant de bord compte tenu du probable état de délabrement partiel de la piste ?… Gloups !

*


Assis dans le bus Havanatur, je souffle après ces dernières minutes chargées. M*** m’a fait passer un sac à lui pour le faire traverser la douane plus ou moins en fraude, ayant de son côté atteint depuis longtemps la limitation des 50 € avec le contenu de ses bagages. Le contrôle de mon passeport se fait sans problème, avec vérification de l’hôtel prévu auprès des touristes. Jusque là, tout allait bien.
Au moment de récupérer les valises, nous sommes accueillis par des militaires et, surprise, ici ce ne sont pas des bergers allemands mais des cockers qui font office de chiens policiers pour déceler la drogue. Le spectacle est plutôt comique. Moins comique par contre, le militaire qui me tombe dessus, ainsi que sur deux-trois autres personnes. Et en avant, bis pour le passeport, questionnement intensif (métier, groupe de voyage, destination), ouverture d’un sac (sachant qu’alors j’ai celui de M*** en plus). Premier acte de résistance anti-castriste de ma part, je réussis à passer avec l’intégralité de mon barda et arrive à remettre à M*** son sac (lui de son côté a écopé de 50 € d’amendes). Il me remercie et me présente succinctement à ses enfants (sa fille a toute la splendeur cubaine) et à un de ses amis.
Je retrouve ensuite le groupe Havanatur auquel je suis affilié, cinq personnes, deux couples et un solitaire. Ca a 50-60 ans en moyenne. Le car nous amène au Melia de Santiago, hôtel qui n’a ni le service, ni la déco de ses étoiles. Tout au plus le titre et la taille. Bar et restaurant sont accompagnés de musique d’ambiance au piano et à la guitare. Le solitaire et doyen du groupe nous abandonne et nous nous dirigeons à cinq vers le restaurant. L’endroit pue le touriste à plein nez, du type de celui qui veut du Cuba carte postale, point barre. La langue officielle de la salle de restaurant est le Français, au coude à coude avec l’Anglais. Pour l’Espagnol, nous repasserons.
Dans les chambres, la climatisation carbure à plein régime, le réfrigérateur fait un bruit du tonnerre, dégageant une chaleur abominable autour. Dans la salle de bains, quelques shampoing et savons à voler (et à redistribuer – ou “comment faire le boulot de l’Etat communiste a la place de celui-ci”) et 1 litre d’eau (heureusement vu que l’eau minérale est payante et que l’eau du robinet n’est pas forcément recommandée pour la santé ici-bas).
J’ai envie de fuir hors de ma chambre, de fuir ce décalage malsain imposé entre moi touriste et le cubain lambda. Quitter la machine touristique et ses tristes tropiques…


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(Umberto Eco, préface à La Ballade de la mer salée d'Hugo Pratt)
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Lau/Zegatt
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MessageSujet: Re: Tropiques révolutionnaires : Cuba   Jeu 22 Mar - 16:27

3 Juillet

Le téléphone portable fonctionne, merci le tribande ; si besoin, je peux entrer en contact avec la vieille Europe. Le lever a été plus matinal que prévu, la chaleur et la lumière m’ayant réveillés. Je me douche avec la musique de la télé en arrière-fond. Cette dernière a cinq fois plus de chaînes disponibles qu’une télévision cubaine standard (30 contre 6).
Au petit dèj’, je retrouve mes quatre compatriotes de la veille, les deux couples, Anne et Bernard pour les premiers, Danièle et Guy pour les seconds. Côté aliments, le beurre provient d’Allemagne ou d’Estonie, comme par hasard. L’hôtel est plein de Français à un point insupportable, et le répertoire du piano n’arrange rien, La vie en rose sous le soleil des îles en quelque sorte… Mais aussi As time goes by. Jusqu’où Casablanca me poursuivra-t-il ? Mais puisqu’il en est ainsi, “Play it again, Sam !”, et accompagné de New York New York s’il le faut (sûrement une sorte de Glasnost made in Castroland).
Nous quittons l’hôtel devant lequel deux-trois personnes demandent savon, T-shirt ou chaussures. Leur pauvreté semble être feinte plus qu’autre chose, et vu que nous ne sommes pas là pour alimenter le marché noir sur le dos de certains, ce sera sans nous pour cette fois.

*


La fin des présentations se fait dans le minivan ; notre guide s’appelle José, le chauffeur Ramon et notre dernier larron, le doyen de la bande, Joseph. Celui-ci vient à Cuba pour la cinquième année consécutive au moins, presque tout le temps effectuant un parcours similaire, de Santiago à La Havane. L’extérieur, plongé dans le noir la veille, est à présent visible. La végétation hors de la ville est fantastique : palmiers, goyaviers et fougères à perte de vue, un vert ruisselant et abondant, nourri de l’humidité oppressante et de la lumière appuyée du soleil. Les routes sont bordées par de nombreux animaux, depuis les vaches et les moutons (dixit José, en fait, ça ressemblerait plutôt à des chèvres) jusqu’au chevaux et aux ânes.
Et déjà, un bilan. La vie cubaine se passe dehors, aussi bien à la ville qu’à la campagne. Qu’il s’agisse de discuter, de jouer au foot, d’attendre le bus, de balader le troupeau ou de fumer une cigarette avant de reprendre sa marche, l’extérieur fourmille de monde.
La conduite, entre les charrettes (tirées par des bœufs ou des chevaux), les vélos, les taxi-bicyclettes, les voitures (années 50-60 pour la plupart) et les bus (ou camions - d’importation soviétique - faisant office de bus) a des allures hasardeuses, façon Egypte, la vitesse folle en moins. Manque auquel pallient parfaitement un état des routes douteux et une absence presque totale de panneaux de signalisation.
Les plages alentours sont purement rocailleuses, mais le bleu de la mer des Caraïbes laisse rêveur. Nous faisons route vers Guantanamo puis direction Baracoa, à l’extrême est de l’île, traversant les routes nivelées de la sierra (pas la Sierra Maestra cependant) entre montagnes et vallées. Dans les hauteurs, au niveau des haltes panoramiques, nous rencontrons régulièrement de nombreux vendeurs de colliers d’escargots, de cornets en palme contenant du gâteau à la noix de coco et même de perroquets ! Ces Cubains assaillent littéralement le moindre touriste qui s’arrête. Joseph en profite pour leur parler en Français et marchander, sans grand succès dans les deux cas.

*


Retour au niveau de la mer alors que nous arrivons dans la première capitale cubaine sous domination de la couronne espagnole qui fut fondée en 1511, Baracoa, là où Christophe Colomb est resté une semaine (alors qu’il restait en général deux à trois jours ancré au même endroit tout au plus). A l’hôtel, situé dans les hauteurs de la ville, nous sommes accueillis avec un cocktail au bord de la piscine, puis déjeuner dans le même cadre.
Après cela, survol de la ville. Direction l’église tout d’abord où nous voyons les supposés restes de la croix plantée par Christophe Colomb (il ne reste que 60 cm des deux mètres d’origine, les morceaux ayant fait office de portes bonheur au cour des siècles passés). Etrangement, dans une ville où la population est à 90% métis, le curé est blanc comme neige. La plupart des vitraux sont inexistants et les oiseaux s’engouffrent dans l’Eglise, roucoulant entre les pierres grises, donnant une ambiance assez unique aux lieux. Peu après nous visitons un semblant de musée consacré à Colomb dans les restes d’un fortin colonial.
Sur la route de retour vers l’hôtel, Joseph et moi abandonnons le reste du groupe pour déambuler en ville. J’y trouve quelques cartes postales de Guevara. Certains Cubains, ceux qui justement ne nous abordent pas, semblent faire preuve d’une certaine retenue à notre égard (les plus jeunes en particulier). Il faut dire que Baracoa parait quelque peu oubliée des touristes ; 2 hôtels à peine, et 15 touristes au plus dans le notre. En grimpant vers l’hôtel, je fais l’arrêt obligatoire chez l’artiste local, un petit gars plutôt obèse aux cheveux grisonnants, torse nu (et plutôt velu) et avec des mains minuscules. Il peint dans un style assez naïf qu’il mêle parfois à un rendu plus réaliste. En face de son atelier, sur un mur, il a peint une fresque aux couleurs éclatantes d’un splendide Guevara entouré par des personnages métis dans un rendu sobre et naïf. La peinture dégage une forte puissance. Son matos de dessin est apparemment varié (subvention de l’Etat ?). Je discute un peu art avec lui (le mode « español » de mon cerveau a du mal à se déclencher) avant de reprendre mon chemin.
A l’hôtel, je fais un petit tour dans la piscine en compagnie de Guy et Bernard. Joseph revient après s’être en partie perdu dans les rues et nous paie une tournée tout en évoquant 39-45.
Nous sommes tranquillement à siroter une seconde tournée lorsque José revient pour le dîner. Nous discutons un peu politique, José se fait pro-gouvernemental. Pourquoi ? Par peur, vis-à-vis de notre condition de touristes (CREAM : Cash Rules Everything Around Me) ou par simple conviction politique ? Mystère. Comme à midi, nous retrouvons du chou et des concombres qui sont sans nul doute les légumes de saison (et on ne peut pas dire que le chou cru soit un délice). Un groupe local vient accompagner notre repas et nous joue pour la première fois le fameux Hasta Siempre.

*


Apparemment, certains n’ont pas compris que je suis à Cuba : Mohamed a cherché à me joindre et j’envoie quelques nouvelles par SMS (ce qui revient bien moins cher qu’un appel) à Florence et Rebecca (l’une pour des raisons de proximité géographique, l’autre pour des raisons politiques).
A 4h30, en plein orage, cette dernière m’envoie un SMS me demandant si je n’étais pas bourré au moment d’écrire le message. Avec une simple Piña Colada ? Manquerait plus que ça, tiens ! Elle non plus ne semble pas avoir capté que j’étais en terrain communiste. Bah…


Mer des Caraïbes


Portrait de Guevara dans Baracoa


Baracoa

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Lau/Zegatt
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MessageSujet: Re: Tropiques révolutionnaires : Cuba   Lun 26 Mar - 11:20

4 Juillet

Réveil 7h00, comme la veille. Deux heures plus tard, pour voir l’emplacement originel de la croix de Colomb, nous allons dans l’autre hôtel de Baracoa. Nous quittons ensuite la ville pour revenir vers Santiago.
Hélas, déjà ce constat de voir que l’on s’habitue bien vite à l’extraordinaire ; passée la première surprise, le paysage, pourtant toujours aussi splendide, nous parait moins impressionnant qu’au premier jour. Nous filons vers un restaurant biologique où nous avons un aperçu des différentes plantes et arbres du coin. Nous goûtons à la fève de cacao qui, à l’état naturel, est entourée d’une texture similaire à du litchi et comestible mais moins goûteuse.
Danièle, Guy, Joseph et moi-même montons à bord d’une barque avec un Cubain pour voir le Toa, le fleuve du coin. Le Cubain en question est sympathique, très maigre mais sacrément musclé. Il va pied nu et assure de sa force une cadence rapide au niveau des rames. Nous débarquons sur une plage de sable gris après avoir croisé une métis qui lavait son linge dans le Toa. Joseph lui a d’ailleurs proposé de laver son linge à lui, ce à quoi elle lui a répondu, tout ça par signes interposés, qu’elle était d’accord s’il fournissait le savon.
Sur la plage, je trouve une sorte de noix de coco que je commence à perforer et à vider de son contenu pourri pour en faire à l’avenir, qui sait, un maracas ou un récipient à maté. Demi-tour vers le restaurant. Des Cubains cherchent à nous y vendre des babioles, dont les fameux billets et pièces à l’effigie du Revolucionario Guevara, tout cela pour 10 ou 15 fois le prix normal. Un autre jour peut-être. Quelques animaux ont fait surface, un perroquet, des chiens (dont un chiot grand comme une main).
Quelques-uns d’entre nous achetons des récipients faits en bambou. Nous filons ensuite vers un autre restaurant similaire, cette fois pour y manger… des choux et des concombres avec le plat typique de riz avec haricots noirs. Un chanteur accompagne de nouveau ce repas avec des chansons d’amour tristes. Un peu plus et ça tendrait presque au suicide. Note pour la suite des évènements : éviter le Cubain dépressif à l’avenir.

*


Nous nous dirigeons ensuite vers Guantanamo où a lieu la fête du Feu, une sorte de festival réunissant les différentes nationalités et ethnies des Caraïbes. Sur la route qui nous mène vers la ville, José nous donne une leçon d’identification des voitures cubaines. Celles-ci sont en effet pourvues de plaques de couleurs différentes, correspondant en quelque sorte au statut de son propriétaire :
- Bleu : le public (bus, taxis,…)
- Jaune : le privé
- Vert : le militaire
- Noir : le diplomate
- Blanc : les hautes instances du gouvernement (ministres, préfets,…)
- Orange : les institutions étrangères ou le clergé
- Rouge : les plaques provisoires
- Marron clair : les fonctionnaires importants (entreprises principales notamment)
- Marron foncé : la location
Arrivés à Guantanamo, nous nous arrêtons pour assister à une démonstration de Tumberia Francesa, une danse inspirée des coutumes françaises et des traditions esclaves d’Haïti (voire quelques dérives Vaudou – Santeria cubaine oblige). Les danseurs sont très colorés, robes blanches ou turquoise pour les femmes, foulards blancs entourant les cheveux. Les hommes portent des chemises noires à carreaux, pantalons beige foncés et châles violets. Tous les danseurs sont noirs ou métis et l’assemblée de danseurs est présidée par la plus âgée, assise sur un trône et couronnée. Le rythme est donné par de rares tambours mêlés à la voix des hommes chantant un mélange de dialecte français, espagnol et africain.
Le rythme varie, allant crescendo, envoûtant. Pour le dernier tour de piste, ils nous invitent à les rejoindre. Ma cavalière doit avoir une vingtaine d’années, affiche un sourire très charmant et échange quelques blagues avec ses compatriotes, peut-être au sujet de ma médiocrité à vouloir reproduire la Tumberia.
A la sortie, un type nous vend plus ou moins (plus ou moins car c’est à la fois un négoce et un troc assez fouillis) des portraits réalisés. Nous remontons en voiture et Ramon nous conduit au centre-ville comme il peut en raison des routes barrées à cause de la fête. Le temps de nous rendre au point suivant, Joseph nous raconte l’une de ses précédentes expéditions à Guantanamo où, depuis une base militaire cubaine située en hauteur de la ville, des militaires cubains proposent, contre quelques pesos, de regarder aux jumelles la fameuse base américaine située en contrebas et se moquent avec les touristes des yankees. Ramon arrive finalement vers le centre-ville où la fête du Feu se déroule avec défilé, danses et discours à la mairie. Les costumes sont encore et toujours colorés, vivants. Des vendeurs ambulants de cacahuètes déambulent ça et là.

*


Santiago de Cuba, à nouveau. Et retour par la même occasion à l’hôtel du premier jour, le Melia. Sur le coup de huit heures, abandonnés de Joseph qui est parti à la recherche de saveurs cubaines différentes du rhum ou du cigare, nous profitons de ces derniers offerts par mes compatriotes (ce qui est le cas depuis le premier jour). La messe tabagique quotidienne se met en place. Premier rapport : le Guantanamera, roulé à la machine, est moins savoureux que le Monte Cristo, lui-même plus goûteux et moins fort que le Romeo y Julieta. J’opte pour de la tequila en accompagnement (déchéance un jour, déchéance toujours), un bon vieux classique mexicain. S’ensuit le repas, piano una vez mas, classiques à l’appui.
Dodo sur le coup de 22h30, il s’agit de récupérer.


En haut, le billet de C.U.C. de 3 pesos équivalent à environ la même chose en euros.
En bas, toujours 3 pesos, mais des pesos cubanos (soit 0,08 €).
Vous remarquerez que, sur les deux billets, on peut voir Guevara - et ainsi de suite sur les autres billets avec les autres révolutionnaires.
Pour les billets en C.U.C., vous pouvez voir l'image d'un monument à la gloire du révolutionnaire tandis que sur les pesos cubanos, c'est un portrait du fameux révolutionnaire que l'on présente.


Chiot parmi d'autres, tellement qu'on s'en demande où sont les chiens adultes


Tumberia Francesa à Guantanamo

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MessageSujet: Re: Tropiques révolutionnaires : Cuba   Mar 27 Mar - 16:25

5 Juillet

Départ 9h00, comme d’habitude. Nous partons vers les hauteurs qui surplombent la ville de Santiago, rentrant par la même occasion dans la Sierra Maestra. Il est assez aisé, à voir la Sierra, de comprendre comment on peut s’y cacher des mois durant, et y monter des embuscades efficaces (1956-1959 n’est pas si loin). La brume nous surprend en altitude, tombant au quart de tour, presque à l’anglaise. L’humidité ambiante semble se matérialiser soudain par l’action de la condensation. Puis c’est de la pluie qui surgit, à la cubaine, c’est-à-dire intense et courte.
Plutôt que de voir tout de suite le jardin botanique, nous montons de quelques dizaines de mètres de plus vers la Isabelica, une maison imposante ayant servi par le passé (XVIIIème) pour la récolte du café. Le lieu est plutôt vaste (à cause des zones servant à entreposer le café en particulier), d’autant qu’il n’était occupé que par deux personnes, le maître de maison et son esclave noire qui lui faisait office de maîtresse.
Une terrasse immense s’étend devant l’habitation. Elle servait pour la sèche des graines, chose qui ne devait pas être facile dans un environnement aussi imprévisible quant aux pluies.

*


Nous partons vers le jardin botanique précédemment délaissé. Grâce au climat à la fois humide et souvent très ensoleillé (altitude aidant), il regorge de nombreux arbres fruitiers, géraniums, fougères et palmiers divers. Les personnes qui travaillent dans le jardin de plusieurs hectares ont une apparence correcte, à l’exception d’une ou deux bottes percées. Les Cubains qui nous ont abordés au premier jour, réclamant vêtements ou chaussures, par rapport à la population que nous croisons depuis un peu plus de 48h semblaient donc bien vouloir profiter de la générosité potentielle du touriste plus qu’autre chose. Et puis après tout, c’est bien connu ici, “là où un fil de fer peut remplacer, je préfère, c’est plus sûr” (Voyage à motocyclette).

*


En bordure de la ville, nous déjeunons dans un petit restaurant sans prétention, avec une piscine où se baignent trois-quatre personnes, des Cubains à première vue. Nous sommes les seuls réels clients. Il est intéressant de noter que dans cette ville à 90% noire ou métis, le serveur et le patron sont blancs et le cuisinier métis. Pour varier les plaisirs, les légumes à la carte sont concombres et choux (que José ne prend même plus la peine de manger).
Nous nous dirigeons ensuite vers la maison de Vélasquez, dans le centre-ville. Le lieu est imposant, divisé en pièces spacieuses et remontant à travers les époques depuis le premier siècle de la Conquista. Les lieux sont en effet partagés en deux, l’un de création ultérieure au premier. Dans ce dernier, quatre femmes chantent à capella d’une façon sublime. Une ou deux d’entre elles donnent le rythme de telle façon que l’on croirait qu’elles sont accompagnées d’instrument. La musique est décidément à chaque coin de rue de l’île. Les chanteuses vendent d’ailleurs, comme la plupart de ces ménestrels pour touristes, leur CD. Une vente bizarre par ailleurs, le CD coûte 10 C.U.C. (peso pour touriste équivalant à un peu moins d’un euro, soit ici en théorie à 9 €) mais 15 € ou 20 $, ce qui par contre est logique pour le dollar vu qu’il est surtaxé à Cuba lors du change afin d’appliquer le célèbre refrain “Cuba si, Cuba si, Yankees no”. Sûrement de l’arnaque pour touriste naïf ou bien pour ceux qui n’auraient pas fait assez de change.
Quittant les lieux, nous arpentons ensuite les rues où des locaux vendent des sculptures en bois très marquées par les racines africaines ou représentant l’éternel Ernesto. Je tombe dans un magasin de bouquins sur les billets et les pièces représentant le révolutionnaire vendues accompagnées d’une photo pour le prix de 3 C.U.C., piège à touriste flagrant. Afin de se rattraper, le vendeur tente de me vendre un livre de Régis Debray sur le socialisme. Je lui réplique que Debray n’est ni socialiste, ni marxiste malgré le fait qu’il ai été parmi les derniers à côtoyer Guevara en Bolivie. Nous nous moquons tous les deux de ce pseudo-penseur déchu dont son ouvrage, La guerilla du Che est parfaitement soporifique et empli d’orgueil à chaque page. Pour mémoire, c’est ce même Debray qui adresse maintenant des lettres et des directives à Nicolas Sarkozy afin d’expliquer comment régler le problème de la religion à l’école, et c’est toujours ce même Debray qui fuit son passé et les zones d’ombres éternelles quant à la mort du Guerillero Heroico au sujet desquelles il aurait peut-être joué un certain rôle peu gratifiant… C’est beau les convictions.

*


Nous allons ensuite au cimetière Sainte Iphigénie, vaste zone où, au même titre que pour la maison de Vélasquez, il faut payer 1 C.U.C. pour prendre des photos (que je paye cette fois-ci). Nous croisons les tombes de nombreux révolutionnaires (signalées par des drapeaux cubains) de ce siècle ou du précédent (toute une tradition), notamment celle de Cespedes, auteur de l’hymne national cubain. A quelques pas de celle de José Marti se trouve la plaque commémorative de la première action de la révolution castriste, l’attaque de la forteresse de la Moncada. Y sont inscrites les victimes directes et indirectes de cette prémisse de 1953, sept étudiants tués lors de l’assaut du 26 juillet et des dizaines d’autres assassinés en représailles.
Et derrière cette plaque monstrueuse, donc, le mausolée tout aussi monstrueux de José Marti, poète et instigateur de la révolution d’indépendance afin de bouter hors de l’île les Espagnols. Le site fait penser aux Invalides de Paris. Au centre, le tombeau tétragonal de Marti a des airs de cercueil napoléonien, surplombé par un cercle d’où on peut l’observer et où une statue de Marti de trois bons mètres de haut surplombe le tout avec un air pensif, une rose à la main. Le tout est englobé dans un bâtiment cylindrique ouvert sur les côtés et au niveau du plafond, afin que Marti, comme il le désirait, puisse reposer au soleil dans la mort, afin de ne pas passer pour un lâche. Deux gardes de l’armée montent la garde façon Buckingham Palace devant l’entrée de la tombe, relevés toutes les demi-heures par deux autres militaires menés par un troisième, le tout sur fond de musique militaire aux sonorités soviétiques.

*


Le minivan repart. Le fort Morro est notre destination suivante, toujours dans Santiago de Cuba, donnant sur la baie de la ville. L’impression générale fait penser à du Vauban, XVII-XVIIIème siècle oblige. Très hispanisant aussi dans la forme de l’architecture. Esquivant une énième taxe photographique, nous ne nous privons pas pour mitrailler la forteresse à outrance. Le tour fini, nous mettons les voiles vers l’hôtel. Joseph est un peu déçu, il avait apparemment quelques connaissances féminines habituées du fort Morro qui n’étaient pas là cette fois-ci.
Il nous abandonne pourtant dès notre retour pour retrouver son amour nocturne. Attendant le dîner, j’en profite pour explorer la télé cubaine, en particulier Tele Rebelde où, une fois le foot terminé (une retransmission ; une heure auparavant, la France a gagné face au Portugal), je tombe sur Casimir version Habana. En d’autres termes, les décors en carton-pâte sont ignobles et les gosses qui chantent au milieu des dinosaures aux couleurs criardes sont dignes d’un Club Dorothée en pire. Cette fantaisie enfantine de piètre qualité est suivie par, ô horreur, Dawson (Argh ! De l’impérialisme !) !

*


En attendant de nous remplir l’estomac, nous prenons (c’est-à-dire tous à l’exception de Joseph) cocktails (Cuba Libre) et cigares (Guantanamera). Aller-retour dans la salle de dîner-buffet puis sortie de l’hôtel où, à quelques mètres, des concerts ont lieu à l’occasion de la fête du Feu. En chemin, nous croisons Joseph qui, lui, va en sens inverse, ramenant à ses côtés non pas une mais deux Cubaines (ma foi…).
Devant l’estrade, entourée par une foule à 98% métissée ou noire et à 99,9% cubano-cubaine, nous assistons à une bonne demi-heure de danses et chants des îles plus ou moins proches de la Tumberia Francesa, empreints de la tradition de Santeria et des rituels haïtiens (confirmation donnée par l’emploi de quelques mots en Français). Parmi les traits les plus spirites des danses, deux femmes ou un homme portent parfois à l’aide de leurs dents des tables sur lesquelles sont posées des objets, rappelant immanquablement les tables tournantes. Dans un style en partie similaire, nous assistons à un jonglage fait avec des machettes, le jongleur allant même jusqu’à passer la lame sur sa langue sans se couper.
Dans un but de socialisation accélérée (et selon une méthode qu’aurait sans aucun doute approuvée M. Léotard, connaisseur émérite de la géographie vinicole et alcoolisée qui est un de mes anciens professeurs), j’achète une bouteille de rhum pour la modique somme de 4 C.U.C., soit quatre fois moins cher qu’en France. Son utilisation s’avère très efficace. La brandissant à qui en veut, je me retrouve, moi, touriste blanc, au milieu de la jeunesse cubaine noire. Un Cubain de 18-25 ans va même jusqu’à abandonner sa petite amie – une charmante métis portant un béret rouge – un instant afin d’avoir sa rasade avec la bande d’une petite dizaine de personnes avec qui j’ai ouvert le dialogue via l’emploi de la canne à sucre liquide (40° tout de même). Lui a une allure sportive, cheveux courts et débardeur, il a l’air d’un des plus sympas du groupe qui m’entoure.
L’ambiance autour de nous est bon enfant, à l’exception d’un tout petit groupe de 5-10 personnes. En aucun cas les touristes que Bernard, Anne et moi (Danièle et Guy étant reparti) sommes n’attirons vraiment l’attention, la jalousie ou l’intérêt.
Retour à la chambre aux environs de minuit, départ de Santiago demain.


La Isabelica, hauteurs de Santiago


Beaucoup de Franc-Maçons à Cuba, révolution oblige (Cf : la Révolution française de 1789).


La tombe de José Marti, cimetière Iphigénie à Santiago


Des airs napoléoniens pour Marti, toujours éclairé par le soleil


Statue de Marti, fleur à la main, pensif


Relève de la garde devant la tombe

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MessageSujet: Re: Tropiques révolutionnaires : Cuba   Jeu 29 Mar - 16:18

6 Juillet

C’est à 9h00 une fois de plus que l’ordre de départ est lancé. Joseph fait ses adieux à son délice des îles, sans grands regrets, ne lui accordant presque plus d’attention alors que celle-ci le regarde monter dans le minivan, tentant de le retenir une dernière fois. “Y’en aura d’autres !” nous lance-t-il d’un air malicieux. Comme pour confirmer ses dires, la fille passe quelques secondes après devant le minivan, juchée à l’arrière d’un scooter qui passe en trombes. Joseph note tout de même la concernant qu’“elle tenait mieux sur le dos qu’une chèvre sur deux fils”. Comme c’est sa cinquième virée cubaine et vu qu’il reste une semaine de plus à Cuba, il semblerait que notre octogénaire, qui plus est non hispanisant, ai déjà ses points de chute pour les jours à venir.

*


Nous passons par la place de la Révolution de Santiago où s'élève une immense statue. Et, vingt kilomètres plus loin, nous nous arrêtons à El Cobre, une sorte de Lourdes local. Le fleuve Toa aurait été formé par les pleurs d’enfants transformés en grenouilles qui réclamaient leurs parents (« toa » en langage indigène). Ici, pour El Cobre, deux pêcheurs et leur esclave noir sont pris dans une tornade et arrivent à se réfugier dans une grotte de la côte où ils prient pour s’en sortir vivants. Une fois la tornade passée, ils trouvent une vierge sculptée qui repose sur un morceau de bois à la dérive.
L’église faisant office de lieu de pèlerinage est située au sommet de la ville, donnant sur une ancienne mine sur le versant opposé. Sur le chemin de l’église des dizaines de personnes vendent des objets souvenir ou porte-bonheur de El Cobre, depuis de simples croix jusqu’à des boules à neige à l’intérieur desquelles est visible une petite Vierge.
Dans l’église où est entreposée la vierge sont aussi exposés divers dons adressés en remerciement à la vierge : balles de base-ball, copies du bac, maillots d’athlètes, etc. Malgré une ferveur religieuse à première vue importante, celle-ci a une tournure bien plus saine qu’en Espagne ; les Cubains rentrent dans l’église en maillots de foot, avec leurs lunettes de soleil,…
A la sortie de l’église, nous croisons une jeune fille qui fête ses quinze ans selon la coutume de l’île, c’est-à-dire dans une tenue similaire à celle d’une mariée, totalement blanche. La jeune fille est accompagnée de quelques membres de sa famille, il s’agit de fêter dignement l’évènement.

*


Ramon nous conduit ensuite à Bayamo. A chaque coin de rue, nous observons des masses de réfrigérateurs disposés dehors. Il s’agit d’un grand plan de renouvellement ; ces frigos, vieux de vingt ou trente ans et fabriqués en Europe de l’est (Yougoslavie) sont peu à peu remplacés par de nouveaux frigidaires chinois. Viva el communismo je suppose. Mais à un certain prix : pendant dix ans, une part du salaire est prélevée pour payer le remplacement du matériel.
Nous atterissons dans un bar musical pour écouter, une fois de plus, des classiques de la musique cubaine. Hasta Siempre et Chan Chan sont au rendez-vous. Le rhum aussi, sous forme de cocktail. L’ambiance est sympathique, mais ouvertement touristique.
Avec leur habituelle extraversion, les chanteurs-musiciens jouent les dragueurs, venant chercher les femmes et, se tournant vers leurs maris : “Mira Papa ; hace la foto, ¿ si ? Hace la foto.”

*


Nous déjeunons ensuite dans un hôtel du coin. L’ambiance est toujours 100% touriste dans un cadre qui, pourtant, correspond peu à ses usagers. Un violoniste assez doué vient agrémenter le repas, réussissant à interpréter Yesterday avec son instrument, performance assez étonnante au demeurant, au même titre que sa réinterprétation assez (voire très) libre de Mozart.

*


Quelques kilomètres de plus et nous voilà à l’hôtel Santa Esmeralda. Sur la route, José a doucement commencé à critiquer le système, nous faisant part des chiffres du salaire moyen (250 pesos cubanos, soit 10 €) et évoquant quelques difficultés quotidiennes, par exemple le fait qu’entre le carnet de rationnement et les revenus, le Cubain moyen a de quoi tenir 25 jours par mois environ, et qu’il y avait toujours cette nécessité d’économiser pour les derniers jours. En somme, personne ne meurt de faim, mais inversement, il s’agit de ne pas gaspiller. Aussi, José évoque le fait qu’une bicyclette, instrument de locomotion par excellence, coûte tout de même 100 C.U.C. (soit presque un an de salaire !).
Nous arrivons finalement à l’hôtel, un complexe touristique style Club Med. Sous des aspects plutôt luxueux au premier abord, l’ensemble est de qualité moyenne, et les chambres laissent à désirer (pas moyen de boucher la baignoire, ce sera donc une douche). Après le déjeuner, je vais dormir et suis accueilli par un papillon de nuit d’une bonne quinzaine de centimètres d’envergure. Déjà que l’hôtel recèle quelques petits crabes…
Cocktail habituel (sans cigare ce coup-ci) et dîner. Nous allons ensuite voir un spectacle de danse. Les danseurs sont bons mais la musique est trop forte pour la sono. Et il est évident que ni la musique, ni la danse, ne sont locaux. Beurk. Je suis le premier à fuir, mais Danièle et Guy suivent peu après, talonnés par Anne et Bernard.
De retour dans ma chambre, c’est, en plus du papillon, un cafard qui me souhaite lui aussi la bienvenue. Et le cafard cubain, comme pour le papillon, c’est nourri aux hormones, taille à l’appui. La nuit s’annonce folklo, tant pis, je m’en accommoderais tout de même.


Place de la Révolution à Santiago de Cuba. Pour s'en donner une idée, la statue doit faire vingt mètres de haut.


Eglise de El Cobre


Jeune fille fêtant le passage à l'âge adulte ; ses 15 ans.

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MessageSujet: Re: Tropiques révolutionnaires : Cuba   Dim 1 Avr - 16:10

7 Juillet

C’est parti pour la journée foutage de rien ! Réveil 7h00 néanmoins, comme d’habitude, et direction la plage pour faire de la plongée. Contrairement aux infos données hier à la réception, les centres de voile et de plongée ne sont pas déjà ouverts. Guy, Joseph et moi nous installons sous un palmier et nous fournissons largement en transats.
8h30, en avant pour réserver ma place vers les profondeurs et prendre l’équipement par la même occasion. Un bateau motorisé avec échelle pour monter et descendre nous conduit au large sur le coup des neuf heures. En avant pour les vingt-cinq mètres de profondeur, entouré d’Anglo-Saxons obèses (Born in the USA ?).
Mes oreilles, qui laissaient à désirer hier passent les paliers sans problème. La pression ne fait pas des siennes et les fonds sont assez beaux mais pas fantastiques. Les gorgones font six fois la taille de celles françaises et les poissons sont plus que nombreux, les plus petits colorés de jaune vif. Mais de toute évidence, le côté Atlantique que je visite actuellement n’équivaut pas le versant opposé : la mer des Caraïbes…
L’un des types du groupe, la centaine de kilos bien dépassée, nous a pas mal retardé dans notre descente. Remontée ensuite, trente minutes de battement, changement de site, et retour à la flotte pour un petit bain, à peine quinze mètres de fond, en compagnie de Canadiens apparemment. Même topo ; poissons petits et colorés, anémones et gorgones géantes mais couleurs trop sombres pour un coin supposé si paradisiaque.
Par contre, je suis bien content d’avoir en poche mon niveau deux, car vu les mesures de sécurité et l’intérêt que portent les moniteurs à leurs élèves et/ou clients, je plains le débutant ou le niveau un qui se retrouverait complètement lâché dans la préparation de son matériel.

*


Déjeuner standard puis repos de deux heures. Mes amis les insectes ont disparus dans la matinée. Ouf !
Je retrouve après ça Ramon sirotant un Cuba Libre. Bernard nous rejoint peu de temps après et se plonge dans un bouquin. Le reste de la troupe, ainsi que José et Joseph (cœur solitaire pour deux jours) nous rejoignent. Une Caipiriña (rhum, citron vert, sucre et glaçons) me sert de préface au dîner. Et ce n’est pas déplaisant…
Nous discutons jeux de société et alcool avant de nous diriger vers le buffet, lui-même précédé du cigare quotidien. Les discussions du soir tournent autour de romans (Grangé, Connely et autres), d’ésotérisme (Moody notamment) et franc-maçonnerie (avec un petit passage par Le pendule de Foucault entre autres).
Je finis ma soirée seul, à invoquer les muses de l’inspiration mais arrivant tout au plus à noircir une maigre page.

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MessageSujet: Re: Tropiques révolutionnaires : Cuba   Mar 3 Avr - 16:27

8 Juillet

Nous quittons Santa Esmeralda à l’heure habituelle. Et je dois avouer que partir de ce pseudo Club Med n’est pas pour me déplaire.
A quelques kilomètres de là, Ramon nous dépose à Chorro de Maita pour voir des restes archéologiques des premiers peuples indigènes, les Tainos. “Tai”, dans la langue originelle du coin, signifie “méchant”. Le “no”, quant à lui, est emprunté à l’Espagnol. Les Tainos étaient une peuplade naïve et simple qui, lors de la rencontre avec les premiers conquistadores, se sont eux-mêmes définit comme les “non-méchants”.
Des restes humains sont exposés, accompagnés de poteries, de sculptures (minuscules et d’une précision fascinante pour certaines).
En face du site funéraire reconstitué, nous visitons la reconstitution d’un village taino traditionnel, fait de huttes en palmier. La vie traditionnelle y a été reconstituée avec des statues et des ustensiles divers.

*


Le tour continue par Holguin où nous passons par les éternelles places de la Révolution et par les statues de Marti et ses comparses du XIXème siècle. La ville, à l’image des précédentes, est très vivante, avec, comme nous sommes un samedi, de longues queues devant les supermarchés (ou du moins considérés comme tels) locaux pour récupérer savon, shampoing, nourriture,…
Chose amusante, les clients laissent leurs sacs à l’entrée et les récupèrent à la sortie afin d’éviter les vols. Le flux de clients est régulé de façon à éviter les bousculades comme cela peut être le cas lors de soldes, dixit José. Ce dernier nous laisse errer une demi-heure à travers la ville.
Devant certains magasins se tiennent des ateliers en plein air : réparage de montres ou de réveils, stands où des Cubains font la queue pour se faire vernir les ongles, etc. La pauvreté relative permet la vie de ce commerce de rue et entretien cette cohésion sociale, qui par ailleurs n’est pas forcément amplifiée par le fait que le pays soit communiste (encore que ?). Les villes sont vivantes, saines, animées et regorgent d’animaux (chiens, bœufs, moutons, oiseaux – rapaces à la campagne en particulier –). Au détour d’une rue nous apercevons un paradigme de la débrouille cubaine, le taxi double-Lada. La méthode est simple, il s’agit de prendre deux Lada jaunes en état de marche discutable et de les regrouper. Le résultat est un taxi en parfait état de marche, et à six portes avec ça !
Contrairement à Baracoa ou Santiago (par ordre décroissant), les portraits des leaders révolutionnaires et divers appels pro-révolutionnaires dans un style “le travail national est une prolongation de la révolution - Fidel” se font plus rares. L’influence du “Maximo Lider”, Fidel Castro, et le culte de la révolution décroissent, malgré la place de la Révolution et sa sculpture de quinze mètres de haut à Santiago ou le boulevard principal d’Holguin le long duquel sont visibles sculptures et mosaïques à l’effigie de Marti, Cespedes, Cienfuengos et Guevara. Des représentations impressionnantes, majestueuses, démesurées, “staliniennes” comme le fait remarquer le premier, et à juste titre, Guy. A noter cependant que les frères Castro, aussi bien Fidel que Raul, sont très rarement représentés. Un moyen comme un autre de justifier la position actuelle des deux frères Castro en se reposant sur les faits et gestes de leurs prédécesseurs et équipiers.

*


Retour sur les routes plus ou moins bien entretenues de Cuba, en altitude de la ville pour déjeuner, en musique comme il se doit. Le lieu s’appelle le Mirador de Mayabe et la majorité des clients présents sont Cubains, dans la majorité des cas, comme nous l’explique José, ce sont des travailleurs récompensés pour leur labeur par l’Etat qui leur offre quelques jours avec leurs familles dans un hôtel de Cuba, particulièrement à cette période de l’année où il y a assez peu de touristes et où les habitants de l’“alligator” (surnom de l’île) sont en vacances. Devant nous, un jardinier coupe la prairie à la machette, ustensile qui fait sur l’île office de tondeuse à gazon, avec, semble-t-il, une efficacité qui n’a rien à envier à l’appareil motorisé.
Et c’est reparti pour la route ! Un peu plus de deux heures pour rejoindre la troisième ville cubaine, Camaguey. Les routes se font plus droites, et sur terrain plat qui plus est. Résultat, Ramon fait des pointes de vitesse à 100-120 kilomètres par heure, ralentissant devant les flics qui, dépourvus de radars, vérifient la vitesse des véhicules au pifomètre (sûrement associé à des demandes de rendement de la part de l’Etat, et ce malgré des amendes à bas prix compte tenu du fait que la plupart des Cubains possédant un véhicule motorisé ont généralement l’argent qui va avec).

*


Nous rentrons dans Camaguey et rejoignons le Gran Hotel, en plein centre-ville, si tant est que l’on puisse le qualifier ainsi. Après avoir déposé mes affaires, je mets en application le principe qui veut que, “pour connaître une ville, il faut se perdre dans ses rues” (auteur ?). Les villes sont de plus en plus charmantes, et les gens de plus en plus sympathiques aussi, abordant le touriste que je suis juste histoire d’échanger quelques mots. C’est par exemple le cas d’un Cubain dont le grand-père était Français et qui s’adresse à moi dans un Français parfaitement compréhensible, avec un accent marqué toutefois.
Un professeur de biologie croisé par hasard devient mon premier fournisseur du billet de trois pesos cubanos représentant Guevara, que j’arrive à obtenir pour un C.U.C. (soit huit fois le prix normal) après avoir fait baisser le prix originellement à trois C.U.C. Ce même Cubain ne se prive pas pour me montrer sa fortune d’ailleurs, me présentant d’un air satisfait l’intérieur de son porte-monnaie qui recèle une bonne trentaine de C.U.C… Famille à l’étranger sans doute.
Un autre type tourne avec une sorte de rat arboricole sous le bras, peut-être dans l’espoir de le vendre. La bête est nourrie avec des morceaux de poulets et a l’air tout ce qu’il y a de plus calme. Aucun de ces Cubains ne demande quoi que ce soit, contrairement à ceux que nous avons croisé à la sortie du Mirador à midi et qui réclamaient argent ou objets (sûrement pour en faire de la revente et ainsi ne pas avoir à travailler selon Ramon).
Un peu plus loin, je passe devant une salle de télévision en plein air ; en d’autres termes, un poste de télévision relié à des baffles crachant un son assez infecte et, devant ce dispositif précaire, cinq bancs sur lesquels sont installés deux Cubains. Il faut dire que la grande majorité des habitations sont munies en télés. A côté, un cinéma, le Casablanca diffuse entre autres films, ô surprise, le dernier X-Men, avec quelques mois de retard tout de même.

*


Joseph est quelque peu désappointé, il connaît Camaguey et y a ses habitudes à l’hôtel Colon, selon ses dires, à l’époque en compagnie du chauffeur et du guide d’alors et avec la complicité des membres du personnel. Il ira donc jusque là ce soir et a apporté avec lui quelques objets et vêtements qu’il compte y laisser.
Nous dînons au cinquième étage de l’hôtel puis je descends passer quelques instants dans le hall d’entrée où Joseph fait sa réapparition, n’ayant pas encore trouvé l’objet de sa quête et repartant, comme il dit, “à la recherche du temps perdu”. Je sors peu après, mais l’animation du quartier n’est pas au rendez-vous malgré une certaine présence dans les rues.
Les gens se sifflent pour s’interpeller ou émettent un frottement avec leur langue “Kss… kss…” afin d’attirer l’attention, parfois pour simplement demander l’heure.
Je remonte finalement à l’hôtel après une quinzaine de minutes de tour en ville. La chambre est moins spacieuse que les précédentes, ce que d’ailleurs je préfère. Seul hic, l’eau chaude fait défaut. Et Cuba a beau être sous les tropiques, c’est tout de même sacrément gênant !


Fresque à Holguin : l'histoire de Cuba avec ses indiens, Colomb, les esclaves noirs et la révolution...


Holguin toujours : le "double-Lada"


Rat arboricole (espèce inconnue, si quelqu'un connait le nom exact...), Camaguey


Camaguey : Guevara, toujours... et partout


Vieille américaine toujours en état de marche


Union des Jeunes Communistes, avec repectivement le fondateur des UJC, Camillo Cienfuegos et Guevara


Télévision en plein air

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MessageSujet: Re: Tropiques révolutionnaires : Cuba   Sam 7 Avr - 13:31

Vous trouverez à la fin de ce post des "recettes" qui pourraient vous intéresser. Les doses respectives des produits ne sont pas mentionnées, c'est selon vos préférences. La plupart de ces boissons se prennent avec de la glace (pilée de préférence), là aussi, à vous de voir. Bonne soif !



9 Juillet

Camaguey, jour deux. Nous allons jusqu’au musée provincial Ignacio Agramonte (du nom d’un énième révolutionnaire du XIXème siècle, mort en 1873 au combat). La villa est immense, composée de plusieurs salles consacrées à des cartes postales, des roches, des peintures (dont une magistrale représentant Churchill, Hiro-Hito, Hitler, Staline et Roosevelt – le guide nous a soutenu qu’il s’agissait du président cubain de l’époque, ce qui parait peu probable – jouant aux cartes), des animaux empaillés, des meubles, etc. Un total non-exhaustif des éléments naturels ou culturels de l’île.
Nous errons ensuite jusqu’à un marché local où des paysans et les coopératives vendent leurs productions : papayes, avocats, mangues, bananes (à frire, à manger tel quel, etc.), goyaves, haricots, tomates, ail,…
A l’entrée du marché, un homme a pour mission de procéder à un autre pesage en cas de litige entre l’acheteur et le vendeur quant au poids des produits achetés (qui se payent à la livre, soit un demi kilo selon le système cubain hérité du passé colonial). A dix contre un, le type en question est membre du Comité de Défense de la Révolution (C.D.R., qui est avec l’U.J.C., l’Union des Jeunesses Communistes, le groupe principal de représentation locale de l’entité gouvernementale) local.

*


La visite d’une église du XVIIIème s’impose avant de déjeuner à côté dans un petit coin agréable où j’achète des cigarettes Cohiba qui sont à milles lieux d’égaler pour les cigarettes une qualité approchant celle des cigares du même nom.
José nous explique le fonctionnement des douanes : 23 cigares sans reçu et 50 maximum avec (soit deux boîtes). Cigarettes et cigarillos ne sont pas soumis à la réglementation. Côté rhum, cela se limite à deux litres ou trois bouteilles de 75 centilitres.

*


A 14h00, nous entamons un demi-tour vers l’hôtel. La France mène la finale de la coupe du monde un à zéro. Nous nous arrêtons chez l’artiste local qui possède une baraque imposante, a déjà exposé en France et en Espagne (où il a d’ailleurs un compte bancaire, chose logique vu qu’il vend entre 10 et 600 €) et possède trois chiens. Le premier est une sorte de réplique de la louve qui a nourri Remus et Romulus, le second est un chow chow, et le dernier, un husky. Par des températures pareilles, les pauvres canidés restent coincés dans la salle climatisée toute la journée.
Danièle et Guy s’éternisent un peu tandis que Anne, Bernard et moi repartons vers l’hôtel. Entre deux films sur les chaînes internationales, je suis, pour une fois, un match de football, et observe l’évolution lamentable du jeu ainsi que l’action finale bien peu honorable du favori des Français, Zidane (et sa mise en pré-retraite justifiée !).

*


Après un repos d’une heure et demi, je lis quelques pages de Le rouge et le noir avant le départ pour El Ovejito, restaurant spécialisé dans le mouton, situé dans un cadre charmant, à côté d’une église XIXème, la seule des quinze de la ville à avoir deux clochers et sur le parvis de laquelle se trouvent des statues représentant à l’échelle 1/1 des scènes de la vie quotidienne : vendeur ambulant, amoureux, lecteur du journal,…
Joseph nous a abandonné, ne faisant pas acte de présence à 19h15. Tout laisse à croire que ses valises vont encore se vider un peu plus. Ses 25 kilos de bagages semblent destinés aux deux tiers pour les Cubains (et pas seulement les Cubaines !).
Les discussions du soir tournent autour de la religion, de la réincarnation, de la philosophie, de Nietzsche, de Kant, de Platon, du Bouddhisme, etc. Guy fait preuve d’une sacrée connaissance de la Russie et Bernard d’une bibliographie conséquente. Mes pieds, maltraités par les palmes de mauvaise qualité l’avant-veille, me font encore souffrir…
Hésitants un instant à rentrer à pied, José nous convainc finalement d’opter pour le minivan. A juste titre en effet ; les alentours manquent sensiblement de lumière, ce qui en fait un coin à risque pour les piétons et les cyclistes qui n’auraient pas de quoi signaler leur présence.

*


Danièle et Guy partent faire un tour à la recherche d’un coin animé, sans succès. Nous sommes un dimanche soir et la plupart des Cubains ne sont pas de sortie. Hôtel pour tous donc, sauf pour Joseph, qui, aux dernières nouvelles, n’a toujours pas refait surface.
A la télévision, une chaîne américaine, TBS, diffuse à trois reprises le même film, à croire que les Américains sont vraiment idiots. Et le pire, c’est qu’ils le diffusent de nouveau demain ! N’importe quoi.
La soirée se finit dans mon cas par les dernières pages de Le socialisme et l’homme signé par El Commandante dont la présence hante les façades de la ville… “Viva el socialismo y la libertad” comme il est dit dans le célèbre refrain (Bandiera Rosa).




Intermède alcoolique :

Cuba Libre
Rhum blanc + TuKola (ou Coca-cola en cas d’impérialisme)

Mojito
Rhum blanc + Sucre + Eau gazeuse + Menthe (N.B. : c’est la tige cassée qui donne le goût et non les feuilles - évitez le mojito Bacardi)

Caipiriña
Rhum blanc + Sucre + Citrons verts pilés

Piña Colada
Rhum blanc + Jus d’ananas + Lait de coco

A la quinta
Rhum 3 ans d’âge (carta blanca) + Rhum 7 ans d’âge + Jus d’orange

Trinidad Colonial
Rhum + Curaso + Jus d’orange

Daiquiri
Rhum blanc + Jus de citron vert + Glace pillée

Canchanchara
Aguardiente (eau de vie) + Citron vert (peu) + Miel + Eau (et glaçons donc)

Guaroron
Rhum blanc + Jus de canne à sucre + Jus d’orange

Ochun
Rhum blanc + Jus d’orange + Jus de citron vert + Miel


Marché à Camaguey


Ananas et propagande (pour le mouvement du 26 Juillet, celui qui a mené les révolutions de 53 et 56-59)


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MessageSujet: Re: Tropiques révolutionnaires : Cuba   Mer 25 Avr - 15:58

10 Juillet

Nous quittons Camaguey en direction de Sancti Spiritu. La rue dans laquelle se trouve l’hôtel étant à sens unique et un chauffeur de bus ayant abandonné son poste, nous quittons les lieux en marche arrière entre les piétons et les vélos grâce à l’habileté de Ramón au volant.
Anne demande à Joseph s’il s’est couché tôt. D’un air malicieux, celui-ci répond que oui, une heure du matin, de toute façon, “si je n’étais pas parti, elle m’aurait retenu toute la nuit.”
Quelques heures plus tard, dans Sancti Spiritu, nous retrouvons l’éternel héros local en face à face avec le non moins fameux José Marti. Nous nous baladons en compagnie de José dans les rues de la ville, passant devant la maison de la musique, grand classique des grandes villes cubaines, visitant les églises locales ou traversant le marché local où se vendent les produits artisanaux. Pédales et selles de vélo faites maison, presse-citron et presse-ail, chaussures en surnombre dont le prix, pour celles de qualité, approche le salaire mensuel de 250 pesos cubanos.

*


Nous rejoignons ensuite un restaurant près de la rivière Yayago. Ramón, qui est allé garer le bus, s’est trompé de restaurant et José est obligé de l’appeler depuis celui où nous sommes… Cocktail maison de rigueur, tandis que Ramón joue toujours la carte de la sobriété professionnelle. Chose amusante, il mange son entrée de légumes mélangée au riz du plat principal, à la cubaine.
Plat principal qui se compose donc de l’éternel riz et haricots noirs, ce qu’ils appellent là-bas les “cristianos y moros”, accompagnés de frites locales et du poulet habituel. L’ensemble nous fait un effet général endormant. De retour au minivan, c’est dodo immédiat, si bien que, à quelques kilomètres de Trinidad, je dors encore lorsque José fait le briefing du site que nous allons visiter.

*


Cours de rattrapage devant la propriété d’un latifundiaire mort depuis longtemps, il s’agit d’une ex-plantation de canne à sucre sur laquelle se dresse une tour imposante.
Pourquoi une tour ? Les explications varient : affirmation du statut social du propriétaire, tour de surveillance des travailleurs aux champs, ou raison de cœur, le propriétaire aurait en effet été un cocu de première catégorie et cette tour lui permettait de surveiller sa femme. Dernière hypothèse, la femme du propriétaire aurait été enfermée au sommet de la tour afin de ne plus voir son amant.
Toujours est-il, les sportifs du groupe – tout est relatif bien entendu –, Bernard et moi, montons en haut via des escaliers en bois assez raides et aux rampes à la stabilité discutable. Mon vertige latent fait des siennes à la redescente...
En bas de la tour, des Cubaines vendent des nappes, des chemises ou encore des colliers. De façon un peu trop insistante d’ailleurs. Un Cubain cherche à me vendre le billet de trois pesos cubanos pour deux C.U.C. A d’autres.
A proximité de là, José nous introduit à une connaissance afin de nous présenter ses travaux ainsi que son vestige, une automobile des années 1910 retirée dans un coin. Le tour fait, nous retournons au minivan où José nous explique le pourquoi de l’appellation cubaine de “guagua” pour désigner les autobus. Soi-disant, cela viendrait du prix de la place de bus au début de la mise en service de ceux-ci. Les places étaient tellement chères que les gens en pleuraient, soit “uaua” en onomatopée.

*


Nous passons brièvement dans Trinidad pour atteindre l’hôtel, Las Cuevas (Les Grottes) où nous sommes répartis en bungalows qui font bien deux fois la taille de mon appartement nîmois de cette année 2005-2006. La démesure règne. Je m’écroule en un rien de temps mais hélas pour moi, le lit me fait un effet poil à gratter. En avant pour les démangeaisons. Je me résigne à regarder la télé qui diffuse sur une chaîne hispanisante A la poursuite d’Octobre Rouge. Chose absurde, le Russe de l’œuvre originale n’a pas été conservé et lorsque Sean Connery, Sam Neil ou Alec Baldwin parlent en Russe, le tout est en Espagnol sous-titré en Espagnol. Cherchez l’erreur.
Direction la salle de restaurant. Buffet, tôt ce soir (19h15) vu que la salle risque d’être bondée par les nombreux Cubains, Allemands ou Français qui sont là. Et cela s’avère exact peu après notre arrivée. Une file de trente personnes attend lorsque nous sortons voir le spectacle de danse et de chansons donné sur la terasse.
L’aspect est très légèrement Club Med, pas si déplaisant finalement. Nous passons un moment tranquille à siroter des Trinidad Colonial et à fumer des cigares. J’en profite pour vérifier les vertus anti-insectes de la fumée de Habanos. Les papillons de nuit apprécient en effet assez peu le cigare.

*


Les cinq membres du groupe et moi nous apprêtons à rejoindre nos bungalows respectifs lorsque ma route croise celle d’un caricaturiste local occupé à tirer le portrait d’un groupe d’Allemands, armé de son bic et de son pinceau. Ni une, ni deux, nous sommes bientôt deux caricaturistes à nous acharner sur le groupe avec nos armes respectives. Dans un premier temps une caricature du Cubain puis de trois Allemands. L’un d’eux veut me payer au même titre que le Cubain.
Comme il insiste, je me fais finalement rémunérer en nature, avec une Piña Colada, ce qui pourrait être considéré comme mon tout premier salaire indirect perçu pour mon coup de crayon !
Je discute par intermittence un coup avec les Allemands (en Anglais), un coup avec le Cubain, un certain Saul. Après avoir fait le tour du groupe teutonique, celui-ci exécute ma caricature, qu’il refuse que je lui paye sous quelque forme que ce soit. Une sorte d’échange réciproque entre artistes d’un soir.
Je quitte mon camarade de la plume sur cette réflexion que, à Cuba, si on ne fait pas directement dans le métier du tourisme, ce sont encore les artistes (peintres, musiciens, dessinateurs,…) qui gagnent le mieux leur vie. En une soirée, Saul vient de se faire l’équivalent d’un mois de salaire minimum. Et là, je dis bravo. Notamment parce que vu ses capacités, c’est mérité.
Au retour jusqu’à mon habitat, je croise l’un des quelques chevaux qui se ballade librement sur la zone de l’hôtel. Nature omniprésente, encore un bon point. J’aime ce pays.


La machette remplace la tondeuse à gazon... Plus efficace ?


Restaurant à Sancti Spiritu


Latifundia près de Trinidad


Vieille automobile des années 1910

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Dernière édition par le Dim 6 Mai - 14:15, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Tropiques révolutionnaires : Cuba   Dim 6 Mai - 13:42

11 Juillet

A 9h00, comme il se doit, descente dans la ville de Trinidad. Nous passons par les rues de la vieille ville, vers les anciennes demeures du XVIIIème. Arrêt dans une de ces habitations recyclée en musée local : meubles divers et installations d’époque. Comme pour la veille, les tours sont synonymes de haut rang social. Depuis la hauteur de quatre étages de haut environ, nous sommes à même d’observer la ville.
Nous redescendons ensuite avant de sortir du Palacio Cantero. Nous arpentons les rues de la vieille ville, pavées assez aléatoirement (talons aiguilles, s’abstenir). Le marché local se résume aux éternels produits pour touristes, à du linge (chemises, nappes,…), des créations tissées (majoritairement des chapeaux mais aussi des animaux tissés) ou encore des tableaux dans diverses galeries. Joseph et moi achetons un chapeau de paille (2 C.U.C.) et je trouve le billet et la pièce de trois pesos “Che” pour 1 C.U.C. et – ô folie – une peinture représentant un double portrait de Guevara pour une quarantaine de C.U.C. En réalité, il s’agit comme me l’apprennent Anne et Bernard d’une imitation à partir de modèles préalables. C’est ce que l’on appelle une giclée ; les lignes sont délimitées à l’avance et la peinture s’applique dans des zones prédéterminées, ce qui permet de faire plusieurs épreuves du même tableau. Signe distinctif : les lignes de peinture sur les bords du tableau sont droits et n’ont pas bavé, comme ce devrait être le cas sur un original.
Deuxième erreur de ma part, toute peinture achetée à Cuba est donnée avec un reçu, une façon comme une autre d’homologuer l’œuvre et de fournir un certificat d’authenticité lorsque l’on passe la douane au retour. Or, il se trouve que pour celle-ci, le vendeur se contente de me fournir un morceau de papier avec un vague tampon et une signature sommaire. Pas sûr que la douane apprécie.

*


A la taverne Canchanchara, nous buvons un verre. Joseph y achète des cigares pour ses cousins ; de vrais bâtons de tabac de 40-50 cm de long au moins, à 10 C.U.C. l’unité. De son côté Guy s’exaspère de la musique répétitive à laquelle nous avons droit en non-stop. L’ambiance n’est pas fantastique ; Allemands antipathiques d’un côté et Cubains renfermés de l’autre, on a connu mieux.
Seul Joseph réussi encore à faire des siennes. D’abord au Palacio le matin, alors que se déroulent des cours de Français. Il y aborde trois filles qui en sortent et lorsque l’une lui annonce avec son accent hispanisant “je suis célibataire” (en français dans le texte), Joseph joue à nouveau les Dom Juan.
Ensuite, entre le bar Canchanchara et le restaurant vers lequel nous nous dirigeons, lorsqu’un enfant de 4-5 ans lance “¡ Papa !” au moment où passe Joseph, nous ne pouvons nous empêcher de questionner ce dernier quant à des aventures cubaines antérieures. Réponse de celui-ci : “De toute façon, c’est pas moi qui les nourrit si y’en a.” Et de repartir en riant.

*


Nous finissons donc au restaurant, une fois de plus avec un fond musical et avec du choux cru (trois jours sans, ça nous manquait !). Une fois le repas terminé, j’abandonne le groupe pour errer un peu plus en ville. Les autres optent pour la sieste ou la piscine.
Je visite quelques galeries d’artistes plus ou moins copieurs ou originaux et me fait aborder par une bonne vingtaine de personnes, qu’il s’agisse de me faire acheter des cigares soi-disant véritables (ce sur quoi j’ai quelques doutes), des billets/pièces de Guevara (trop chers). Il est environ 14h00 et le soleil se fait de plus en plus pesant. Comme le disait José, après quelques jours à Cuba, toute personne cherche l’ombre. A tout prix.
Une bouteille d’eau plus tard (vouée à finir en je ne sais quoi entre les mains d’un Cubain), je sors de la vieille ville pour retourner à l’hôtel qui se trouve à côté d’une église en ruines, dans les hauteurs.
Au même titre qu’un autre Palacio croisé ce matin, l’église, si elle doit être restaurée, mettra sans nul doute des années à l’être… si bien sûr les fonds de l’UNESCO qui doivent y servir ne sont pas réutilisés ailleurs.

*


Errant dans les rues, je me retrouve finalement dans les quartiers pauvres de la ville, un Cuba auquel je n’ai pas vraiment été confronté jusqu’alors. Le Cubain lambda qui traîne ici ne vient pas m’aborder et le touriste que je suis est le cadet de ses soucis. De ceux que j’aborde, ils semblent ou bien distants et sympathiques, ou bien suspicieux. Cette dernière réaction est assez logique ; je dois être l’un des trois clampins qui se débrouille pour se perdre dans ce quartier chaque mois.
Finalement, trois types et deux femmes (assez peu désintéressées quant à elles) m’indiquent la bonne direction. J’y laisse deux savons et quatre stylos au passage. Le quartier est à la limite de la ville et des massifs de la sierra. Ces derniers sont peuplés d’animaux, depuis de simples chiens, chevaux et bœufs jusqu’à des lézards d’une taille non négligeable. Les habitants des lieux sont pour la plupart dans leurs maisons d’où émane parfois de la musique (radio et télévision sont plutôt présents). Hygiène et soins sont de toute évidence moins présents que dans la ville même bien que ce manque ne soit pas flagrant (un manchot toutefois). Par endroits, des tas de détritus ou de gravats, assez peu toutefois, sont visibles.
Là où cela devient honteux, c’est qu’à moins de cent mètres de ce quartier se trouve la discothèque de Las Cuevas (qui est d’ailleurs plus éloignée de l’hôtel que des quartiers défavorisés !). Décidément, même si les classes sociales sont plutôt effacées dans l’île, il y a visiblement encore du chemin à faire, et pas des moindres !

*


Je rejoins enfin mon bungalow dans la colline qui surplombe Trinidad. Sur le coup de 19h00, je descends vers le restaurant de la piscine où nous dînons ce soir. Guy est avec moi et nous retrouvons Bernard en pleine lecture. C’est ensuite José et le reste de la troupe qui nous rejoignent, à l’exception de Ramón et Joseph. Ce dernier est allé retrouver l’une de ses “Carolina” comme il dit. Décidément, l’aïeul tient plus que la forme !
Au dîner, José mange du bœuf, nous expliquant qu’autant le porc, le poisson et le poulet se trouvent de façon régulière, autant le bœuf est une rareté et les Cubains se précipitent dessus dès que l’occasion se présente.
Peu après, nous sommes salués par une magnifique pluie qui s’était presque fait attendre. Bernard, observant le ciel avait en effet repéré depuis longtemps le cumulonimbus et avait d’ailleurs l’air d’en connaître un morceau sur les nuages du même genre. A l’intérieur de ce type de nuage nous dit-il, des vents si violents qu’ils pourraient soulever six kilos de glace. Le malheur des avions.

*


Après le dîner, tradition oblige, nous fumons le cigare entre hommes, sirotant notre cocktail quotidien. Les appellations Cohiba de Bernard sont bons. Il les a acheté chez une connaissance de José que le groupe est allé voir pendant que je voguais seul dans la ville. José reste avec nous tandis que Danièle et Anne rentrent. Nous discutons de Cuba, puis, José parti, de politique française (Sarkozy, pas gentil !), de 2007, du CPE ou encore de la Constitution Européenne.
Bernard file tandis que Guy et moi nous éternisons un peu. Les dernières bouffées de fumée passent plutôt mal et me pèsent méchamment sur l’estomac. De retour au bungalow, j’opte pour le repos réparateur, à juste titre vu mon état. Les lieux se sont rafraîchis avec la puissante ondée et l’atmosphère n’en est que plus agréable.
Quelques nouvelles tardives de France arrivent avant que je ne sombre dans les bras de Morphée. Demain, Santa Clara au programme…


Vue d'une habitation depuis la tour de celle-ci dans Trinidad


Eglise dans Trinidad


Quartier pauvre dans les hauteurs de Trinidad


Eglise délabrée surplombant le quartier pauvre

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MessageSujet: Re: Tropiques révolutionnaires : Cuba   Ven 11 Mai - 10:34

12 Juillet

“La vieillesse, c’est de la fatigue” – Jacques Brel… ou, pour convenir un peu plus au contexte cubain, “La vieillesse […] n’est en tout et pour tout que de la fatigue” – Ernesto Guevara.
Une chose est certaine, Joseph, que je retrouve vers 7h30 lors du petit déjeuner, n’est pas vieux. “Je profite pendant que je peux encore !” m’assure-t-il.
Avant notre départ, je réussis enfin à approcher l’un des chevaux errant de l’hôtel. Arrive ensuite 9h00 et nous partons pour Cienfuegos que nous atteignons une heure plus tard environ. Alors que nous sommes en route, Danièle demande à Joseph s’il s’est couché tôt qui lui répond “Oui, j’ai été sage, une heure du matin.” Puis, à voix basse, il ajoute “Elle m’aurait retenu toute la nuit sinon.”

*


Peu avant d’entrer dans Cienfuegos, nous passons par un jardin botanique de 94 hectares où poussent palmiers, bambous, ficus, flamboyants, etc. Nous reprenons la route après avoir acheté quelques graines afin de ramener un peu de Cuba avec nous…
Au premier coup d’œil, il est évident que Cienfuegos est une ville urbanisée : immeubles de plusieurs étages et trafic automobile plus important qu’à la normale. Dans la ville, deux places récurrentes ; celle à la mémoire du héros local, et celle à la mémoire de… José Marti. La fondation de la ville remonte aux Français pour “blanchiser” la région. Cocorico ?
Nous visitons en compagnie de José le théâtre de Cienfuegos, un bâtiment à l’ancienne aux accents quelque peu “Western” ; chaises fixes et pliables en fer, scène immense mais dont l’état laisse à désirer… José nous laisse peu après libre de voguer en ville mais la chaleur ambiante nous empêche d’aller bien loin et seul Joseph et moi avons le courage de pénétrer jusque dans la cathédrale. Celle-ci est très belle : murs en pierre tirant sur les ocres, lumineux, vitraux aux couleurs vives, orgue splendide surplombant l’entrée et divisée en deux parties.

*


Vers le bord de mer où se trouvent d’anciens bâtiments, certains créés par le sieur Batista, nous échouons dans un restaurant. La vue est magnifique, et la climatisation, une fois de plus, utilisée à outrance. Durant le repas, un groupe s’installe à une table voisine. Parmi eux, un Chinois, et, apparemment, un Européen de l’est. Des contrats à négocier, à tous les coups…
Une fois terminé le déjeuner, nous partons enfin pour LA ville symbolique de la révolution de 1956-1959, celle qui abrite depuis 1997 (date de son rapatriement depuis la Bolivie) le corps d’Ernesto Guevara : Santa Clara.

*


Plusieurs heures de routes sont passées lorsque nous approchons enfin de la ville et que nous voyons pointer la statue lointaine du Guerillero Heroico. Le minivan fait un tour en boucle jusqu’à l’impressionnant mausolée. L’orage éclate et des éclairs zèbrent le ciel derrière la sculpture haute de dix bons mètres.
L’intérieur du bâtiment se divise en deux parties. Dans la première, un musée retraçant le parcours du révolutionnaire argentin, depuis le “Tete” né en 1928 jusqu’au “Che”, celui dont les “rêves ne [connaîtraient] pas de limite – du moins tant que les balles n’en [auraient] pas décidé autrement” mort en terrain étranger en 1967. Photos inédites (notamment une où on le voit exercer l’occupation qui lui a valu le surnom de “boucher de la Sierra” : dentiste), vidéos ou encore textes originaux (en particulier la lettre d’adieu à Fidel).
L’autre salle est le mémorial où repose Guevara, entouré des guerilleros boliviens parmi lesquels Tania et Willy (pour citer les plus connus). Guevara repose au centre, son caveau signalé par une sobre étoile, à quelques mètres d’une flamme éternelle. Le vieux “Ramón” (pseudonyme utilisé par Guevara en Bolivie) et sa troupe ; un mythe emprisonné dans un espace de quelques mètres carrés, point final à la révolution américaine du XXème siècle.

*


Après cela, nous n’avons hélas pas la possibilité d’aller voir le monument du train blindé, le temps ne s’y prêtant d’ailleurs pas. Partie remise, Commandante. D’ici quelques jours, je serai de retour, avec le beau temps j’espère.
Nous voilà donc repartis vers La Havane. Suite à un quiproquo, Ramón comprend que certains parmi nous désirent faire un “arrêt technique” et traverse tout à coup l’autoroute (elle n’en porte que le nom) en faisant au passage un contre sens… pour refaire immédiatement la même chose une fois son erreur réalisée.
En plain milieu de l’autoroute, nous trouvons un chemin de fer précédé d’un stop. A intervalles réguliers, des policiers surveillent le trafic et la vitesse. Aucun d’eux n’a de radar, bien entendu. Ramón surveille sa vitesse ; ce matin, à l’entrée de Cienfuegos, pour dix maigres kilomètres (plus arbitraires qu’autre chose – à l’image du régime politique), il s’est fait enlever six points à son permis. Il se retrouve donc avec 14 points sur 30, récupérables d’ici environ un an.
Plus tard, nous faisons un arrêt par une station service. Tout s’y paye en monnaie pour touriste, le C.U.C. et le litre d’essence revient à 50 centimes. Plus surprenant, on trouve à la vente des chaînes hi-fi (175 C.U.C !) et des montres (50-85 C.U.C.). La question est de savoir quels Cubains peuvent se permettre de telles dépenses ?

*


C’est par la route du bord de mer que nous approchons La Havane. Et là, stupeur : immeubles de vingt ou trente étages, c’est une ville verticale qui s’offre à nous alors que nous naviguions dans la verticalité la plus complète jusqu’alors. Un peu plus et nous pourrions croire que nous avons changé de pays. La capitale est impressionnante, presque oppressante compte tenu de la hauteur des immeubles et du trafic presque exclusivement motorisé – les vélos sont moins présents, les chevaux absents.
Après avoir traversé un tunnel sous-marin, nous rejoignons finalement l’hôtel, érigé aussi démesurément que la ville elle-même : 25 étages, hall d’entrée de 15 mètres de haut, chambres immenses. La vraie Havane n’est assurément pas là.
Nous prenons une collation au bar en guise de bienvenue. Le Cuba Libre est fait avec le produit impérialiste de réputation internationale (“Always Coca-cola”) et non avec celui local (TuKola). José m’explique que le Coca provient du Mexique et non des Etats-Unis. Décidément…

*


Nous dînons ensuite dans un des deux restaurants de l’hôtel, ou plutôt un des deux du rez-de-chaussée ; il y a au moins quatre restaurants dans l’hôtel, si ce n’est pas cinq. Le service est lent et certains de mes compatriotes s’impatientent. Le long trajet du jour (plus de 400 Km de parcourus en moins de douze heures) en a visiblement fatigué plus d’un.
Avant de sortir, je fais un aller-retour par ma chambre, au 13ème étage, chose rare puisque la plupart du temps, les numéros treize, dans les avions comme dans les étages d’hôtel sautent. Mais en réalité, il s’agit du quatorzième étage… Il y a en effet un étage appelé “M” situé entre le 3ème et le 4ème étage. Sert-il au personnel ou aux écoutes téléphoniques (nous sommes en pays communiste, ce ne serait pas la première fois que ça se verrait) ? Une chose est sûre, l’ascenseur est rapide. Pour faire le trajet entre les treize étages, l’appareil met entre six et huit secondes, c’est-à-dire autant que pour ouvrir et fermer les portes !). Depuis ma chambre d’hôtel, la ville que j’observe n’est pas vraiment lumineuse les éclairages étant relativement rares.
A l’exception de Joseph qui est resté en arrière, le groupe va jusqu’à un Jazz Club où je me décide à les abandonner, craignant un coin trop touristique. L’entrée coûte en effet 10 C.U.C., soit le salaire mensuel moyen à Cuba.

*


A la place, je me perds une fois de plus en ville, rencontrant deux ou trois Cubains qui tentent de m’aiguiller vers d’autres boîtes de nuit que j’évite. Je finis par discuter du “Mundial de Futball” avec un autre Cubain qui ne manque pas d’évoquer le coup de tête de Zidane. Nous finissons par parler de La Havane et de la beauté des Cubaines… et de leur retard ! Mon compagnon est en effet en train de soi-disant attendre une amie depuis une demi-heure. J’abandonne ce type qui devait avoir des ancêtres français, comme en atteste son prénom qu’il me montre en exhibant sa carte d’identité : Yanpier – comprendre Jean-Pierre en version cubanisée.
Le tour du coin continue, autour d’un parc local plongé dans l’obscurité ambiante, puis je débouche à un moment devant ce qui, je l’apprendrai plus tard, n’est autre que l’université de La Havane, un splendide édifice visuellement assez semblable au Trocadéro, en forme d’arc de cercle avec des escaliers au centre menant vers le monument surélevé par l’intermédiaire de colonnes de style quelque peu grec.
De retour vers l’hôtel, je croise deux amoureux assis sur un banc. Les deux corps métis sont assis en contre sens, les deux têtes posées sur leurs épaules respectives, immobiles dans la nuit tiède et agréable. Petit moment merveilleux d’intimité dans l’île caribéenne…
Peu après, ma route croise touriste d’une quarantaine d’années “les yeux dans les seins” (comme le dit Jacque Brel dans Les paumés du petit matin) de la fille cubaine qui l’accompagne, vraisemblablement une prostituée. Même topo sur la carte magnétique de la chambre d’hôtel où se trouve représenté un couple, la fille ayant une peau plus mate. Le tout accompagné d’un “Aujourd’hui, ces deux cœurs battent à l’unisson.” Personnellement, j’appelle ça de l’incitation à la prostitution.
Cuba, île paradoxale…


Le théatre de Cienfuegos (ville sans grand intérêt au demeurant)


"Ton exemple vit, tes idées perdurent". Propagande un jour, propagande...


Le centre-ville de Cienfuegos, Joseph au premier plan

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MessageSujet: Re: Tropiques révolutionnaires : Cuba   Mar 15 Mai - 6:03

13 Juillet

Sur le coup de 8h45, nous nous dirigeons vers une fabrique de cigares, traversant au passage la place de la Révolution qui s’étend peut-être sur un kilomètre carré. Sur celle-ci pointe une tour, dont la base a une forme de croix, à la gloire de José Marti. Cette même tour que l’on retrouve sur tous les billets de 1 C.U.C. Devant la tour qui s’élève à une trentaine de mètres de haut au moins se trouve une statue tout aussi imposante de Marti (huit mètres de haut facilement). Sur l’une des façades avoisinante, la fameuse forme du Che se dessine, toute de métal, accompagnée du célèbre “Hasta la Victoria Siempre”.
A quelques centaines de mètres de là, la fabrique de cigares que nous visitons est la plus grande de Cuba. Sur la façade d’entrée est peint Guevara, et, à l’intérieur, on peut croiser un splendide buste de Marti puis, dans la salle centrale, deux portraits ; le premier de Camilo Cienfuegos, le second étant un célèbre syndicaliste local. Revolucion, siempre.

*


A l’étage, dans une des premières salles, nous assistons à la coupe et à l’assemblage des feuilles de tabac par de nombreux ouvriers. Toujours cinq feuilles différentes ; trois pour déterminer le caractère du cigare, sa force, sa vitesse de consumation, son goût, etc. ; les deux autres servent pour la finalisation et portent le nom de “cape” et “sous-cape”.
Le rendement est d’environ un million de cigares par mois, chaque ouvrier produisant entre 100 et 175 cigares par jour selon la qualité des cigares (Cohiba, Monte Cristo, Romeo y Julieta,…). Pour fixer les feuilles entre elles, une colle inodore et sans goût, provenant du Canada, est utilisée. Le cigare sèche ensuite en deux temps.
La vitesse de production est très rapide. Chose logique ; les ouvriers les plus productifs ont droit à des avantages (salaire augmenté, congés payés, etc.). De même, ils ont le droit de fumer leur production tout en travaillant (ce qui, “toute chose égale par ailleurs”, comme le veut la formule consacrée en économie, réduit forcément la production desdits ouvriers par la même occasion). Cette vitesse de production fait immanquablement penser à du taylorisme. Pourtant, n’était-ce pas un certain Karl Marx qui disait que “la spécialisation dans le travail finit, passé un certain niveau, par abrutir l’ouvrier” (approximatif) ?
Dans une autre salle, les cigares sont triés selon leurs couleurs afin que les teintes soient unifiées dans les boîtes. Boîtes qui sont d’ailleurs elles aussi produites à la manufacture avec des étiquettes fournies par les différentes marques. Etrangement, ce n’est qu’après que l’on ajoute les bagues aux cigares qui sont ensuite disposés dans les boîtes.
Selon le principe marxiste qui veut que la terre revienne à celui qui la travaille, les ouvriers de la fabrique ont tous un droit sur les cigares. En d’autres termes, chacun repart chez lui le soir venu avec deux cigares. Bien souvent, plutôt que de les garder pour son usage personnel, l’ouvrier tentera de les refourguer à un touriste de passage.

*


Après quelques achats en cigares, nous rembarquons en minibus direction la Place d’Armes dans la Vieille Havane, là où se trouvent de nombreux libraires improvisés. Ceux-ci vendent des livres d’Hemingway (qui a séjourné à Cuba plusieurs années), de Guevara, de Castro et de nombreux autres.
Face à la place se dresse le Palais des Capitaines Généraux où nous nous rendons. Nous y trouvons diverses traces de l’histoire cubaine, depuis des habits militaires en passant par des meubles, des vases et même une calèche. Tous ces objets proviennent d’horizons divers, aussi bien Espagne que Etats-Unis en passant par la France (une table représente Napoléon et ses généraux). Pas de trace asiatique pour cette fois, malgré le fait que, parmi les statues disséminées dans la capitale, on puisse trouver un Japonais…
Ce Palais où nous nous trouvons était à l’origine censé accueillir le roi d’Espagne. Une salle du trône, moins resplendissante que celle des généraux, a d’ailleurs été bâtie à cet effet. Originellement destinée à Charles Quint, il aura fallu attendre Juan Carlos pour qu’un roi d’Espagne pénètre dans cette salle… et ne daigne pas s’asseoir sur ledit trône, ne se jugeant pas digne d’accomplir l’acte.
Dans une autre salle, nous trouvons, ô surprise, un coin à la gloire des Etats-Unis, lors de la guerre d’indépendance contre l’Espagne, avec un très beau portrait d’Abraham Lincoln.

*


Anne et Bernard nous retrouvent après avoir parcouru une partie de la Vieille Havane tandis que nous visitions le musée-palais. Sur la place, de nombreux dessinateurs, vendeurs, photographiés nous abordent. Pour information, ce que je désigne par “photographié” est une occupation assez unique, typique de La Havane, qui consiste à se faire payer pour être pris en photo…
Nous avançons vers la place Saint François d’Assise où se trouve une cathédrale. En chemin, nous pouvons constater que la Vieille Havane est entièrement en restauration ; des échafaudages sont disposés ça et là à tous les coins de rue, ainsi que des tas de gravats et des trous béants dans la chaussée.
En allant vers le marché, nous croisons le fameux hôtel où Hemingway a notamment écrit Le vieil homme et la mer à l’aide de nombreux verres de rhum. Enfin, nous atteignons le marché. En pleine restauration lui aussi. Le sol est grand ouvert et des canalisations attendent même d’être raccordées entre elles...
A la vente, les objets habituels sont proposés : étuis à cigares, colliers, boîtes en bois à l’effigie de Guevara, tableaux à l’authenticité discutable et j’en passe. Parmi les nouveautés, nous trouvons des voitures en canettes, des tortues en bois, des bérets guevariens et de la noix de coco prête à être bue.
Joseph et moi optons pour cette dernière option et déambulons entre les stands tout en sirotant la noix de coco découpée à la machette. Hormis deux personnes qui nous demandent de l’argent (et se font jeter par le vendeur afin de ne pas perturber son business) ainsi que des vendeurs de vrais faux cigares, l’ambiance est agréable.

*


De retour au minivan, Ramón nous conduit jusqu’à un restaurant qui surplombe la baie de La Havane. Le cadre est agréable malgré la présence en surnombre de mouches. Entre l’été, le bord de mer et le fait que nous soyons dans un restaurant, celles-ci ont de quoi être attirées, et en surnombre. Les serveuses ne bronchent pas un mot, ne cherchant même pas à être agréables. Les musiciens du coin sont là, mais se contentent heureusement de trois chansons et puis s’en vont.
Durant le repas, un énorme porte-containers passe devant nous, au milieu de l’embouchure. Plus en hauteur se dresse la forteresse de La Cabaña, dans un style rappelant quelque peu les forts Vauban, en ce qui concerne les angles en particulier.

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Nous partons en direction du musée du rhum Havana Club. Echange de bons procédés ; Joseph, à qui j’avais payé le coup à boire de lait de coco, me paye un verre de guaroron (jus de canne à sucre, rhum et jus d’orange… Un régal !).
Avec une guide qui nous démontre que l’on peut très bien parler le Français au simple contact de touristes, nous remontons à travers le processus de la fabrication du rhum (c’est bien connu, tous les chemins mènent à Rhum). Au final, nous avons droit à une dégustation d’un sept ans d’âge Havana Club, du même type que celui que M*** nous avait payé dans l’avion. Sur le coup, la boisson est un peu forte, il manque le contexte pour qu’elle puisse passer sans effort.
Le tour de la capitale continue, jusqu’au capitole qui n’est autre qu’une réplique exacte de celui de Washington à une échelle légèrement inférieure. Démesuré et impressionant. Anne et Bernard nous abandonnent pour se balader dans les rues avoisinantes. Nous rentrons à l’hôtel vers 16h00.

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A 19h00, nous repartons en direction du restaurant El Algibe, en plein dans le quartier chic de Miramar. C’est dans ce quartier que se trouvent les ambassades et les villas. Au niveau des plaques d’immatriculation, cela se traduit par du jaune (privé), du marron clair (hauts fonctionnaires) voire de l’orange ou du noir (institutions étrangères ou diplomates).
Le changement de quartier ne se traduit d’ailleurs pas que visuellement. De nouvelles règles entrent en vigueur ; il est notamment interdit de s’arrêter en voiture ou même de rouler au pas. Et, bien entendu, la police est là, bien visible.
Nous dînons donc dans ce restaurant, supposé servir le meilleur poulet de La Havane… Et il faut bien l’avouer, la qualité est au rendez-vous. Nous rentrons peu après. Demain, le départ pour Viñales se fait tôt et nous ne traînons pas ce soir. Je profite de mon retour prématuré dans ma chambre d’hôtel pour écrire une lettre en Anglais à la direction de l’hôtel plutôt que de répondre à leur questionnaire de satisfaction. Le ton est donné d’entrée de jeu avec une apostrophe violente en Espagnol : “Compañero Capitalista”… Certains risquent de ne pas apprécier.


Plaza de la Revolucion et la tour José Marti


Un "photographié" se prenant pour Guevara


Fidel allait avoir 80 ans sous peu


Plaza Vieja (avec bâtiments en reconstruction)


Rue de La Havane, avec Comité de Défense de la Révolution - CDR -


Vue sur La Havane depuis la forteresse de La Cabana


Le capitole de La Havane, à la limite de La Vieille Havane

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(Umberto Eco, préface à La Ballade de la mer salée d'Hugo Pratt)
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