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 Conte de Noël

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Samaal
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Nombre de messages : 183
Date d'inscription : 07/02/2007

MessageSujet: Conte de Noël   Dim 11 Jan - 12:04

Voici un joli conte écrit par Hervé Sors. Bonne lecture Very Happy



CONTE DE NOËL



Il était une fois un pèlerin qui cheminait seul vers un lieu saint, par une nuit d’hiver, à la veille de Noël. Les cheveux abondants et la barbe longue, portant un lourd bourdon et serrant sur ses côtes maigres une gibecière depuis longtemps vide de provisions, une mince couverture ceignant ses épaules, il marchait sans relâche. Surpris par la nuit aux abords d’un minuscule hameau, il alla toquer de porte en porte, à la recherche d’un abri, car il commençait à neiger et l’air était glacial. A la première maison, une ferme cossue entourée de vastes granges et d’étables, un méchant chien prévint de son arrivée en aboyant férocement et quand il frappa à la porte on le questionna de l’intérieur sans ouvrir :
— Qui est là ? Que voulez-vous ?
— Je suis un pèlerin et je cherche un abri pour la nuit, répondit-il.
Le féroce chien de garde de la ferme ne cessait d’aboyer tandis que le fermier faisait attendre sa réponse, qui fut la suivante :
— Nous ne voulons pas d’étranger chez nous ! Partez d’ici, car si j’ouvre ce ne sera pas pour vous faire entrer mais pour lâcher mon chien sur vous !
Le pèlerin, qui connaissait les hommes, ne s’étonna pas de cette réponse et s’éloigna. La neige tombait maintenant à gros flocons et la nuit était pâle sous le clair de lune. A la maison suivante, il n’y avait aucun chien pour prévenir de son arrivée et c’est dans le silence que résonnèrent ses coups frappés à la porte. Un homme vint ouvrir, toisa le pèlerin et lui demanda :
— Que voulez-vous ?
— Je cherche un abri pour la nuit, qui s’annonce froide et neigeuse.
L’homme lui répondit :
— Je ne recevrai certainement pas un étranger surgi de la nuit chez moi. Et n’allez pas vous fourrer dans mon foin sinon il pourrait vous en cuire, vous pourriez vous réveiller avec une fourche plantée dans le corps ! Allez-vous en !
Le pèlerin, stoïque, alla demander abri de maison en maison mais partout dans le hameau on lui refusa le gîte. Par une sorte de confiance en la nature humaine, le pèlerin ne se découragea pas et avisant trois dernières maisons un peu à l’écart, il continua de demander un abri. Il essuya encore deux refus. Quand il parvint devant la porte de la dernière maison qui restait, il entendit un concert d’aboiements à l’intérieur et hésita à frapper à la porte. Sans doute les habitants de cette fermette misérable n’auraient pas même la place pour lui et n’allaient-ils pas eux aussi menacer de lancer leurs chiens sur lui ? L’espérance s’éteignait dans son cœur sous le vacarme que faisaient ces chiens aboyants et il n’alla même pas frapper tout compte fait. Il allait continuer son chemin, dans la nuit claire, sous la neige blanche et froide. La porte s’ouvrit, une vieille femme apparut sur le seuil, cria à ses chiens de se taire et lui demanda de sa vieille voix :
— Que voulez-vous ?
Le pèlerin engourdi par le froid chercha ses mots et lui dit simplement :
— Je cherche un abri pour la nuit.
— Entrez, lui répondit la vieille femme.
Abasourdi, le pèlerin restait immobile, se demandant s’il avait bien compris, et regardait les chiens comme pour s’assurer qu’ils n’allaient pas lui mordre les mollets. La vieille insista, le rassurant :
— Entrez, entrez ! Mes chiens ne sont pas méchants, ils ne vous mordront pas !
Enfin, le pèlerin entra dans l’humble bicoque, passant entre trois chiens qui remuaient la queue et haletaient, langue pendante, confiants, lui faisant bon accueil, à l’image de leur maîtresse.
Un bon feu brûlait dans une grande cheminée qui occupait presque un côté entier de la modeste masure. Il y avait au milieu de la pièce une table de bois rustique sur laquelle se trouvaient une carafe d’eau et une boule entière de pain. A la vue du pain, le pèlerin saliva mais détourna son regard vers le feu, s’avança transi vers ce chaleureux foyer et tendit ses mains glacées vers les flammes jaunes pour les réchauffer, tendant aussi alternativement en un ballet comique ses chausses vers les braises pour les sécher.
— Merci, madame, de votre accueil, dit-il humblement.

La femme rit de bon cœur et lui dit :
— Allons, pèlerin, posez besace et gourdin, aidez-moi à rapprocher la table et les bancs près du feu et asseyez-vous donc ! Mettez-vous à l’aise !
Ceci fait, la vieille se dirigea vers un buffet vermoulu, son seul et unique meuble d’importance, et y prit une bouteille et une terrine. A la suite de quoi elle proposa à son hôte une entière tranche de pain qu’elle coupa dans le plein milieu de la miche et qu’elle tartina de pâté de campagne. Et avec cela, elle remplit un godet de vin rouge pour le visiteur et dit :
— Mangez ! Buvez ! Allons !
Le pèlerin, quoique affamé, se défendit d’abord de rien prendre, disant :
— Oh, madame, c’est trop d’honneur, je ne voudrais pas abuser de votre hospitalité. Je ne voudrais pas vous retirer le pain de la bouche et boire votre vin. Je suis trop pauvre pour mériter tel traitement. Laissez-moi juste dormir près de votre feu sur la couverture que je traîne sur mon dos et je vous saurai gré de votre bonté.
— Vous m’insultez ! cria presque la vieille. Ce qui est donné est donné. Allons ! Mangez ! Buvez ! Je vous devine les os sous vos oripeaux, vous faites peine à voir ! Mangez ! Buvez ! Vous qui voyagez et avez vu du pays, vous ne me devrez en paiement de ce repas que le récit de vos pérégrinations.
Le pèlerin, ému, ne versa qu’une larme, vite essuyée, réitéra son merci d’une voix digne et mangea et but. Quand il eut fini, la femme voulut le resservir encore mais il refusa :
— Je suis repu, dit-il.
Puis il commença à parler de son pèlerinage, de là d’où il venait, des pays qu’il avait parcourus, de la route qu’il avait faite, de son ascèse jusqu’à ce jour. Et il conclut en disant :
— Votre accueil est le meilleur qui m’ait jamais été fait, madame ! Merci grandement. Mais parlez-moi un peu de votre vie ici.
Alors ce fut la vieille qui parla, de son pays, de sa vie solitaire, des privations dues à sa pauvreté, puis de ses chiens à qui elle portait toute son affection :
— Ce sont mes enfants, dit-elle. Les enfants que je n’ai pas eus.
Le pèlerin lui dit :
— Comment, une femme si bonne n’a-t-elle pas trouvé de mari dans son jeune âge ?
— Oh si ! dit la vieille femme. J’ai bien eu un mari dans ma jeunesse, mais il a été enrôlé comme écuyer… Et il n’est jamais revenu de la guerre. Il n’a pas eu le temps de me donner d’enfant et… Je suis restée seule.
Après un temps de silence, le pèlerin conclut :
— Je suis pourtant sûr que vous auriez été une bonne mère. Votre accueil de ce soir est bien altruiste, madame.
Chacun s’enfonça dans un silence de fatigue ou de peine. Puis la vieille femme plaça une paillasse près du feu pour son invité, lui souhaita la bonne nuit et se coucha elle-même dans un vieux lit au matelas tout creusé qui avait achevé de courber son dos et ils dormirent du sommeil du juste. Les trois chiens ronflaient ça et là dans l’espace du logis, sur des nattes, du foin, des jonchées.
La vieille femme dormit d’un profond sommeil riche de rêves et quand elle s’éveilla, le pèlerin n’était plus là, ses trois chiens non plus, mais surtout, surtout, elle ne reconnaissait plus rien autour d’elle ! Où l’avait-on transportée ?! Dans la maison d’un bourgeois ? Quels étaient ces meubles de chêne cirés, sur ce dallage propre, ces carreaux blancs et jaunes en losanges aux fenêtres plus nombreuses, cette somptueuse cheminée de pierre où figurait un blason écartelé d’or et d’argent, souligné de la devise gravée « Maudit soit l’or » ?
Elle se leva de son lit, se mit debout et se rendit compte qu’elle était élégamment habillée, prise dans une robe de soie épaisse, lacée, aux manches bouffantes. Et comme elle était droite aujourd’hui ! Elle touchait son dos et il ne lui sembla plus aussi courbé que d’habitude. Elle se tourna pour constater qu’elle n’avait pas dormi dans sa vieille couche creusée mais dans un beau lit à baldaquin entouré de fins voilages. Elle tourna et tourna encore, regardant autour d’elle. Une longue table de chêne aux pieds ciselés, encadrée de lourdes et hautes chaises aux dossiers et aux sièges en cuir orné de motifs floraux, emplissait le milieu d’un vaste salon. Il y avait là des armoires, des coffres, des vaisseliers, un buffet. Tous ces meubles étaient cirés et prodigieusement sculptés. Dans un angle, un bel escalier de bois en colimaçon menait à un étage. La fenêtre donnait sur un plaisant verger nappé de neige. Un bol de lait chaud fumait sur la table et dehors une voix masculine bien timbrée se rapprochait : un homme arrivait en chantant. L’homme entra, souriant. Il était jeune, avait la taille bien prise dans de riches vêtements, et un visage qui lui était familier. La vieille, interloquée, lui demanda :
— Où suis-je ? Qui êtes-vous ? Où sont mes chiens ? Où est le pèlerin ?
— Quoi ? lui répondit le jeune homme. Mais maman, qu’est-ce que tu dis ?
La vieille resta interdite. Comme elle venait de remarquer au dessus du buffet aux proportions impressionnantes un miroir de la plus belle facture, elle alla s’y voir et se reconnut à peine. Elle se toucha le visage bouche bée. Certes, les rides étaient là, mais il y avait quelque chose de changé, ses cheveux étaient moins négligés, et son visage semblait avoir porté plus souvent l’expression du bonheur que du chagrin.
Le jeune homme qui était entré lui demanda :
— Maman ? Tu vas bien ? Tu es bizarre ! Quelque chose ne va pas ? Tu sembles t’être assoupie, le sommeil du jour n’est pas le meilleur : as-tu fait un mauvais rêve ?
La vieille dame s’enquit de nouveau de cet invité qu’après tout elle avait peut-être rêvé :
— Un pèlerin n’est-il pas passé ici hier soir ?
— Si, mère, mais il est parti de bon matin. Il était ému aux larmes du bon accueil que nous lui avons prodigué. Il a quitté sa chambre à l’aube, tout comme moi, et je l’ai accompagné un bout de chemin pour profiter de sa sainteté. Cet homme a vu tant de choses. Ses récits de voyage d’hier soir étaient si prenants. C’est un honneur de l’avoir reçu chez nous.
— N’aurait-il pas pu rester avec nous jusqu’à ce soir ? C’est le réveillon ! dit la vieille dame sur le ton de la rêverie.
— J’ai bien essayé de le retenir, mère, mais il a dit qu’il était attendu en bien des endroits encore… A propos, le saint homme a beaucoup apprécié la devise de père, « Maudit soit l’or ». A coup sûr il a fait vœu de pauvreté, mais il est sage car il n’éprouve nulle envie de nos richesses et nous a loué de les bien employer.
— Père ?! releva la vieille femme.
— Père ? Eh bien père arrivera avant ce soir, c’est certain. Un commissionnaire nous a porté une lettre disant qu’il a pu se libérer de ses charges de chevalier et qu’il est en route. Mon cadet arrivera de son université autour de midi, à coup sûr. Quant à mon aîné, il sera revenu lui aussi avant ce soir du bourg proche où son commerce l’appelait. Et moi, pauvre écuyer, je suis sans emploi tant que mon seigneur ne se sera pas remis de sa blessure au dernier tournoi. En somme, mère, nous allons une fois de plus passer la veillée de Noël en famille, faire bombance et savourer notre bonheur, avec la bénédiction du saint homme que nous avons reçu hier soir ici. Oh, mère, j’allais oublier, le pèlerin me fait dire pour toi ceci : « Très grand merci, madame, pour votre hospitalité. Vos trois enfants et votre mari vous mériteront tout autant que vous les méritez. » Je ne suis pas sûr de comprendre ses paroles, mais c’est mot pour mot ce que le pèlerin a dit. Y entends-tu quelque chose, toi, mère ?
La vieille dame, devant la grande glace, ne répondit rien, mais elle voyait bien que ce pèlerin n’était pas ordinaire.
Ce soir de Noël, la vieille femme le passa en famille, entourée d’un mari tendre et aimant, et de trois fils reconnaissants et intelligents de cœur et d’esprit.
Et tout au long de cette soirée, elle eut une pensée pour cet aimable étranger que jamais elle n’oublierait, qui lui donna en gage de remerciement pour son hospitalité trois vrais enfants, un mari ressuscité et une toute autre vie.
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