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 Arme de Guerre

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fig018
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MessageSujet: Arme de Guerre   Sam 23 Fév - 6:59

Arme de Guerre




Un coup de feu s’échappa de son arme. La balle atteignit un ennemi qui, caché derrière un rocher, bascula en arrière dans un cri de douleur. Des explosions retentissaient de tous les côtés et des fumées noires rejoignaient la masse blanche nuageuse qui voilait le ciel allemand. Ce soldat savait que de toute façon, il allait y rester, mais peu importait. Chaque missile lancé faisait vibrer le ciel, chaque explosion faisait danser les arbres qui finissaient en amas de cendres.

Parfois, il y avait une pause, un calme dominait les environs, un silence de mort pesant se faisait entendre tel un vacarme affligeant et sinistre. Mais ce n’était que de courte durée car la sérénité laissait place à une nouvelle vague de bombardements précédant les habituelles pluies rougeoyantes teintant le ciel.

Il gardait cependant son fusil fixé vers l’ennemi plutôt que de s’enfuir. Chaque bruit sonnait comme une alarme pour lui. La sueur de son front commençait à tacher son uniforme, son courage et sa foi étaient son carburant. Mais une balle lui perfora l’épaule. Il roula à terre, les yeux plissés d’effroi et de souffrance, les dents serrées de sorte à ce qu’aucun son ne puisse s’échapper. Son souffle s’accélérait, tout comme les battements de son cœur. Un long silence se glissa autour de lui. Il entendit une horde de soldats arriver au loin. Son cœur s’arrêta de battre lorsqu’ils arrivèrent juste à côté de lui. Caché sous une voiture en pièces, il pressait sa main contre son visage pour s’empêcher de respirer trop fort. Ses battements cardiaques ne cessaient d’augmenter.

Ces militaires torturant les paysans, les villageois, violant les femmes, égorgeant les enfants. L’irrespectueuse armée, détruisant toute humanité, toute dignité. Tuant ses frères, ses sœurs. L’homme, être insatisfait.

Les troupes militaires s’en allèrent, la voie était libre, mais pour combien de temps encore ? Il ramassa son arme et couru vers le bois, traversant les fumées, évitant les cadavres. Il se retrouva rapidement entouré d’arbres. Il accéléra le pas tant qu’il le pouvait. Ses mouvements étaient de plus en plus lents et engourdis. Défaillante machine qu’est l’homme.

Il déboucha sur une étendue d’herbes sauvages où étaient allongés une dizaine de soldats de son propre camp. Mais ce n’était pas le pire. Une multitude de taches noires recouvraient la plupart des corps. Des corbeaux, une armée, fixant ce pauvre homme avec sarcasme, ricanant de son expression à la vue de ce spectacle, honorant leur réputation d’oiseau de mort en lui donnant une envie de vomir tripes et boyaux ici même, au pied d’un arbre.

Il pensa à son épouse, songea à ce que deviendrait son fils, imagina leur chagrin, leur souffrance de le savoir mort à la guerre, comme un vulgaire outil. Il y a comme une répugnance horrifiante dans le fait de réaliser qu’on va mourir assassiné, mais surtout de savoir que notre dépouille sera entassée parmi tant d’autres et notre nom oublié. Les soldats étaient lancés, tels des missiles, à des points stratégiques, et certains échouaient comme certains missiles peuvent dévier dans l’océan et exploser au mauvais endroit. De la chair à canon, rien de plus.

Il regarda son arme en murmurant des mots incompréhensibles, réalisant son insignifiance, l’absurdité de sa venue au monde si ce n’était que pour mourir comme cela.

En une fraction de seconde il crut voir son avenir, sa vie s’il s’arrêtait de combattre. Un éclair de lucidité, un frisson de bonheur, une once d’espoir et un zeste de mélancolie. Il se voyait grand-père, voyait son fils faire de longues études. Il voyait son épouse, son plat de fraises qu’elle préparait pour les jours de fêtes. La vie qu’il aurait s’il abandonnait tout. Elle pourrait être belle. Comme cet été à la montagne, ce soleil, ces sourires, cette allégresse démesurée.

Son rêve éclata en un amas de sang et d’entrailles. Une balle l’avait touché au niveau de l’estomac, un trou de quelques centimètres. Une giclée d’hémoglobine émana de sa bouche et vint salir l’emblème de sa veste. Penchant la tête en arrière, il imagina à quel point tous ceux qu’il avait auparavant tués avaient du souffrir, comme lui à présent. Son arme toucha le sol. La paix, c’est ce qui l’attendait. Quel soulagement. Son destin l’avait conduit ici, dans cette mare écarlate se répandant autour de lui. Il réalisa qu’autour de lui gisaient des corps, encore et encore des corps. Cadavres d’hommes, mais de femmes et d’enfants également. Rouge colère du soldat inconnu. Intolérable est sa mort, comme tant d’autres, qui ne nous effleure même pas.

L’arme de guerre avait bien servi sa nation.



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