Les petits écrivains

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Liameen
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Localisation : Marseille, France
Date d'inscription : 13/02/2007

MessageSujet: Partez   Ven 2 Mar - 5:40

Partez




La pluie glisse sur la vitre, telle des larmes de chagrin. Elle pleure sans doute sa propre mort. Je pleure avec elle. Je pleure ma propre mort.

Le sang glisse sur le sol, s'étendant plus loin à chaque seconde. Je n'ai pas mal. Juste un pincement au coeur en pensant à ceux qui resteront derrière moi. Peut-être qu'ils me pleureront. Peut-être qu'ils seront tristes ? J'espère que non, je n'en vaux pas la peine. Mais j'aurais aimé leur dire au revoir.

Je pars en solitaire, comme j'aurais du le rester. Je les ai aimés et protégés jusqu'à la fin. La place qu'ils m'ont offerte, j'ai longtemps cru qu'elle n'était que temporaire. Je me suis trompée. Ils me l'ont donnée, et jamais reprise.

Les hommes tournent autour de moi, prenant garde à ne pas glisser sur le sang qui se répand à mes pieds. Ils rient. Mais je ne les entends qu'à peine. Ils sont trop loin de moi maintenant. Je n'ai pas peur. Je n'ai plus mal. Ils m'ont eue grâce à leur nombre, sinon ce sont eux qui seraient en train de mourir sous mes yeux, et non le contraire. Mais il y a toujours cette étincelle au fond de moi, une envie de les faire taire. Une envie de les tuer.

Je sais que je vais mourir. Mais ils partiront avec moi. Je suis fatiguée, mais pas au point de renoncer, ils ne l'accepteraient pas. Après je dormirais. Je dormirais longtemps. Enfin.

Je me lève. Doucement, lentement. Mon arme est restée dans ma main, ils croyaient que je n'avais plus la force de la lever. Mais je la soulève, et ils meurent. Doucement, non. Lentement, non plus. Je dois me venger. Après tout, ils m'ont tué.

Je suis sortie de la salle. Il pleut, et je traîne les pieds vers le baume apaisant de l'eau. J'ai peu de force, mais je les utiliserais toutes, les dernières qui me restent, pour aller me laver du sang. Le couloir. La porte. Il faut pousser fort. Je manque de tomber, mais non. J'avance. Je me traîne. Une traînée de sang derrière moi.

Comment j'ai pu faire ce chemin, je ne sais pas. Je l'ai fait, c'est tout. Tout comme j'ai fait cette vie. Tout comme je les ai aimé. D'ailleurs, les voilà. Eux aussi, ils sont sous la pluie, dehors. En dehors de tout, sauf de l'horreur qu'ils viennent de vivre. Ils n'avaient jamais tué. Moi non plus. Mais je l'ai fait. Pour eux.

Ils m'ont vue, mais ils ne me regardent pas. Je comprends. Je suis toujours en train de mourir, toujours en train de pleurer. La douleur est là finalement. Mais la pluie l'apaise. J'étends les bras. Je sens le rouge tomber au sol, en gouttes toujours plus nombreuses.

L'eau glisse sur mes joues. Je ferme les yeux. J'écoute le bruit qu'elle fait. Je sens son odeur. Je me sens bien. Et je pars. Je meurs. Je tombe sur le goudron bouillant recouvert d'eau. Je n'ai pas froid, je ne sens plus mes membres.

Le ciel est gris, un peu comme moi. Pas blanc, mais lumineux. Pas noir, mais sombre. Pas de soleil, juste une pâle lueur au milieu de l'obscurité. Je le regarde. Mes blessures se remplissent de pluie, c'est apaisant.

Je ferme les yeux. Sentir n'est plus pour moi. C'est l'heure de ressentir. C'est l'heure de partir. Le courage, la force de parler me manquent. J'ai du mal à formuler, même dans ma tête, ce que je veux leur dire. Mais je vais essayer. Il le faut. Ils doivent partir d'ici. Ils sont encore en danger. Ils sont encore en vie.

Moi, plus maintenant. Et ils m'ont vue. Leur chaleur s'étend autour de moi, et j'ouvre les yeux. Je vois leurs visages, leurs cheveux mouillés qui vont bientôt friser, les yeux angoissés, et j'ouvre la bouche.



Partez.



Ils refusent. Ils refusent de me laisser, ils disent avoir besoin de moi. Ils disent que j'ai pris soin d'eux, et qu'ils m'aiment.



Alors partez.



Non. Ils refusent encore. Je les ralentirais, ils ne peuvent pas m'emmener. Ils parlent, se disputent, décident de laisser le plus fort me porter, et s'enfuir seul avec moi. Les autres feront diversion. C'est un suicide, mais ils veulent le faire. Les sons ne sortent plus de ma bouche, ils n'entendent pas mes protestations. Ils veulent que je vive. Avec eux.

Je mourrais avant de recevoir des soins. Je le sens. Je le ressens. Je pars. Je rentre d'exil, je rentre chez moi. Enfin.



Partez. Je vais mourir, quoi que vous fassiez.



Non. Toujours non. Ils mourront avec moi. Ils disent qu’on n’abandonne pas quelqu'un de blessé. Qu'on ne m'abandonne pas. Que je compte trop pour eux, que je dois prendre mes responsabilités, que c'est de ma faute s'ils m'aiment.



Partez, ou vous partirez avec moi.



Oui. Ils acceptent de mourir avec moi. Pour moi. Pour que je ne sois plus seule. Pour que je ne les laisse pas seuls. Ils ont peur pour moi, sans moi. Moi aussi.

Le ciel gris se déchire. Un arc-en-ciel est là. C'est magnifique. C'est pour moi. C'est pour nous. Je suis heureuse. Du bruit soudain, un cri. Un coup de tonnerre, un corps qui s'écroule. Un coup de tonnerre, un poids sur ma poitrine. Un coup de tonnerre, une main douce se pose dans mes cheveux. Un coup de tonnerre, un coup au coeur, du moins ce qu'il en reste. J'ai mal finalement. Le corps est changeant. Les hommes aussi.

Mais pas moi. Les femmes sont rancunières. L'étincelle s'est rallumée. Mon arme se lève, et d'autres meurent. Le Paradis va avoir à faire aujourd'hui.

J'ai lâché mon arme. J'ai fermé les yeux, cherché leurs mains. Les ai trouvées glacées. Mes mains ne sont plus très chaudes non plus. Je serre. Je pleure. Je ne sais pas d'où me vient la force de pleurer. J'ai trop mal pour me poser encore des questions.

Cette fois, c'est bon. Je meurs. Je suis morte, mais après eux. En dernière, comme pour m'assurer que tout est en ordre. Ca l'est.



Partez devant, j'arrive.
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